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Gilles Deleuze

"Tout philosophe s'enfuit quand il entend la phrase: on va discuter un peu."
(Qu'est-ce que la philosophie ?)

Dimanche 18 mars 2012 7 18 /03 /Mars /2012 09:21

En 1927, paraît « La crise du monde moderne ». Guénon y développe ses raisons de ne croire ni à la légitimité, ni à la cohérence de ce que nous avons coutume d'appeler «  nos valeurs ». L'humanisme, le laïcisme, l'égalité, la parité, toutes ces notions qui fondent notre quotidien sont passées au crible et réduites à, ce que selon Guénon, elles doivent être : une suite de sophismes suggérés sinon imposés.

De Guénon il y a beaucoup à dire et critiquer, il n'en reste pas moins que cet essai n'a pas pris une ride, les événements qui se sont succédés depuis ont malheureusement donné raison à un penseur qu'il nous faut encore (re)découvrir.
En cette période électorale où nous sommes tous, sans exception, courtisés avec outrance par les pouvoirs, relisons ces lignes.

Extrait :

 

guenon-égypte

Guénon en Egypte, vers la fin de sa vie

 

« Si l'on définit la « démocratie » comme le gouvernement du peuple par lui-même, c'est là une véritable impossibilité, une chose qui ne peut pas même avoir une simple existence de fait, pas plus à notre époque qu'à n'importe quel  sautre ; il ne faut pas se laisser duper par les mots, et il est contradictoire d'admettre que les mêmes hommes puissent être à la fois gouvernants et gouvernés, parce que, pour employer le langage aristotélicien, un même titre ne peut être « en acte » et « en puissance » en même temps et sous le même rapport. Il y a là une relation qui suppose nécessairement deux termes en présences ; il ne pourrait y avoir de gouvernés s'il n'y avait aussi des gouvernants, fussent-ils illégitimes et sans autre droit au pouvoir que celui qu'ils se sont attribués à eux-mêmes ; mais la grande habilité des dirigeants, dans le monde moderne, est de faire croire au peuple qu'il se gouverne lui-même ; et le peuple se laisse persuader d'autant plus volontiers qu'il en est flatté et que d'ailleurs il est incapable de réfléchir assez pour voir ce qu'il y a là d'impossible. C’est pour créer cette illusion qu'on a inventé le « suffrage universel » : c'est l'opinion de la majorité qui est supposée faire la loi ; mais ce dont on ne s'aperçoit pas, c'est que l'opinion est quelque chose que l'on peut très facilement diriger et modifier ; on peut toujours, à l'aide de suggestions appropriées, y pourvoir des courants allant dans tel ou tel sens déterminé ; nous ne savons plus qui a parlé de « fabriquer l'opinion », et cette expression est tout à fait juste, bien qu'il faille être dire, d'ailleurs que ce ne sont pas toujours les dirigeants apparents qui ont en réalité à leur disposition les moyens nécessaires pour donner ce résultat. »

 

(René Guénon : La crise du monde moderne, p.131. Folio Essais)


Par Candide
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Dimanche 26 février 2012 7 26 /02 /Fév /2012 18:15

jesus-chasse-les-marchand.jpg

Jésus chasse les marchands du Temple

 

Le christianisme est aussi révolutionnaire que l’islam et même plus violent dans son énoncé.
Difficile à croire ?
Imaginez qu’une secte religieuse se développe dans nos banlieues. Qu’elle adore comme dieu un inconnu guillotiné voici cinquante ans. Qu’elle déclare qu’il est plus facile à un chameau de passer par le chas d’une aiguille que pour un riche aller au paradis. Qu’elle maudisse les riches et les prêtres et les théologiens. Qu’elle voue les classe dirigeantes et leurs obligés bourgeois et nantis, aux gémonies. Qu’elle fasse passer les pauvres, les immigrés, les déshérites avant tout le monde et proclame haut et fort que les derniers seront les premiers.
Qu’elle instaure la chasteté comme règle et le mariage comme remède contre la concupiscence.
Vous diriez quoi ?
Ce que Tacite disait de cette « secte juive » : abominable !
Prenons cette injonction incroyable du Nouveau Testament : « Qui ne hait (miseo en grec) pas et son père et sa mère et ses frères et ses sœurs… celui-là n’est pas digne d’être mon disciple. »
Autre passage : « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive ».
Que penser de ça ?
Jésus vient pour « accomplir » la Loi mosaïque. Il le dira plusieurs fois. Ce qui importe, ce n’est pas la Loi, ce qui importe c’est le salut. Le salut passe-t-il par l’observance stricte de la Loi ? Non ! C’est ce qui est dans le cœur qui importe. La quintessence de la Loi est de ne plus être Loi, de se dissoudre dans le cœur de l’adepte. Croire ce n’est pas observer la Loi. Le Centurion romain n’était pas juif, la samaritaine l’était si peu. La loi est le rideau, le christianisme la scène que dévoile le rideau quand les trois coups retentissent.
Pour aimer, il faut savoir haïr. Aimer-haïr sont comme le Ying et la Yang. L’Un et l’autre. L’autre et l’un. Haïr son père et sa mère, c’est haïr son habit social, son apparence, son identité imposée, il faut mourir à cette identité, dénier l’autre pour renaître à l’Autre, rejeter le réel pour le Réel. Et pour tuer son identité héritée, il faut le glaive et non pas la Loi, et user du glaive ce n’est pas la paix, c’est la guerre. User du glaive pour tuer en nous tout ce qui est facile, reconnaissable, rassurant. Jésus ne nous appelle pas à l’assurance ni à la stabilité, il nous demande de nous dépouiller de la peau du « vieil homme » et ce dépouillement est violent et douloureux. Comme un enfantement qui fait du croyant cet enfant promis pour le Royaume.
La théologie chrétienne post évangélique ira encore beaucoup plus loin dans cette exploration de la violence. En déifiant Jésus elle opère une narration psychologique dé-constructive. Au sacrifice avorté d’Isaac, fils d’Abraham, elle substitue le sacrifice du fils de Dieu lequel inaugure un nouveau temps traumatique. Le traumatisme initial, celui de la faute originelle, est effacé dans le sang de la Croix qui devient nouvelle référence et nouveau témoignage.  Le christianisme n’est pas – à la différence de religions pré-chrétiennes – une sagesse, c’est une croyance en Christ, individu mortel et temporel. La temporalité du Christ-homme s’identifie à l’éternité du Christ-Dieu. Temps et Éternité se rencontrent en sa personne. Et c’est là, précisément que l’on peut dire que le christianisme est une religion d’amour. En amour l’objet fini et temporel vaut plus que tout et la conversion est un événement temporel qui change l’éternité. La conversion authentique permet à chacun de se re-créer soi-même, c’est-à-dire de répéter cet acte et donc de changer les effets de l’éternité elle-même.
Changer le temps, c’est abolir ce qu’il y avait avant le « nouveau temps » et cette abolition se doit d’être totale : « Il n’y a plus de Grecs, de Romains, d’hommes ou de femmes… » comme le dira Paul. La perspective est éclairée par un temps-éternité nouveau, inconciliable pour les fantômes du temps-avant. Il n’y a plus de fantômes, il n’y a plus qu’une Présence éternelle qui
contracte ce qui reste comme temps-éternité pour n’en faire qu’un Présent tant il est vrai que l’éternité n’est que par rapport au temps et vice-versa.
Christ n’est pas mort « in illo tempore », il ne cesse de mourir et ressusciter tout comme le chrétien ne cesse de témoigner.
C’est dans cette distorsion du temps que réside la violence du christianisme qui ainsi annihile la notion antique de l’Absolu et du relatif. Dans le christianisme l’Absolu devient relatif pour que le relatif devienne Absolu. Dès lors il y a implosion de l’un comme de l’autre.
Fragile Absolu !  

Par Candide
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Dimanche 12 février 2012 7 12 /02 /Fév /2012 14:20

la chartreuse de parme

 

 

Fabrice del Dongo, emprisonné dans la tour Farnese à Parme, s'éprend de Clélia Conti, fille du gouverneur de la prison, Fabio Conti. Depuis sa terrasse où elle nourrit ses oiseaux, Clélia peut communiquer avec un homme qu'elle aime, mais en qui elle voit un charmeur impénitent. La duchesse Sanseverina, tante de Fabrice, de qui elle est secrètement amoureuse, et maîtresse du comte Mosca, premier ministre de la principauté de Parme, craignant pour la vie de son neveu, veut le faire évader. Ce dernier, tout à son amour pour Clélia fait la sourde oreille. Mais comme la menace d'empoisonnement se fait de plus en plus précise, Clélia ordonne à son amant d'obéir à sa tante et de s'enfuir de la tour au cours d'une tentative dont elle se rendra complice.

Pour avoir ainsi trahi son père, Clélia fait le vœu à la Madone de ne plus jamais revoir Fabrice et d'épouser le marquis Crescenzi qui dotera le gouverneur Conti, son père, d'une confortable pension.

La fuite de Fabrice réussit et Clélia épouse le marquis. La duchesse est chagrinée que son neveu soit si déprimé, alors que sa carrière ecclésiastique, favorisée par le comte, est toute tracée : gracié par le prince, il devient évêque coadjuteur de Parme. Las, Clélia et Fabrice se consument d'amour. Elle fuit Fabrice qui fait tout pour l'apercevoir et, dans cette unique perspective, devient le plus célèbre prédicateur de Parme. Au bout de toutes ces péripéties, convaincue de la sincérité des sentiments de Fabrice, elle consent à un rendez-vous, la nuit, sans éclairage aucun, ainsi, fidèle à son vœu, elle ne le verra point.

Trois ans après, mère d'un second enfant, Sandrino, conçu avec Fabrice dans les obscures conditions que l'on sait, Clélia mourra à la mort de son fils. Fabrice au désespoir quittera toutes ses fonctions et se retirera dans la chartreuse où, à son tour, il décédera au bout de quelques mois.

La duchesse Sanseverina qui avait obtenu la grâce de son neveu auprès du prince de Parme, Ernest-Ranuce V, lequel, amoureux de la dame et en parfait gentleman, avait exigé en retour qu'elle se donnât à lui, ce qu'elle fit de 22 heures à 22 heures dix nous apprendra le narrateur. Ensuite, outrée, la duchesse quittera à jamais Parme. Elle épouse le comte Mosca et décèdera après la mort de son neveu.

Voilà l'histoire du chef-d’œuvre de Stendhal « La Chartreuse de Parme » dont Balzac loua le talent. Aujourd'hui, vous vous en doutez, ce type de synopsis serait accueilli avec un sourire entendu.

Le vœu de Clélia à la Madone, comme sa manière de le contourner, serait du plus haut ridicule. Les soupirs de Fabrice dans son cachot et son extase à communiquer avec Clélia plutôt que retrouver la liberté, feraient sourire et plaindre ce grand naïf. Il en va de même pour toute la société parmesane, son prince, sa cour à l'étiquette ridicule, ces « poupées de salon » comme les qualifie Stendhal lui-même, ces mariages arrangés, les prélats de cour, les laquais flagorneurs et corrompus. Fabrice dans cet univers factice, décadent et promis à une disparition certaine, brille par son romantisme exalté qui le voit aux premières pages du roman sur le champ de bataille de Waterloo, admirant son idole, l'Empereur Napoléon. Cette épopée de « Fabrice à Waterloo » est un monument de la littérature française.

Stendhal, qui, pour épigramme sur sa tombe fit graver «  Il milanese », restera toute sa vie hanté par l'Italie dont il comparait volontiers le caractère heureux et fantasque à la morosité bourgeoise et française de la Restauration.

Son roman est dédié « To the happy few » (en anglais dans le texte). Dédicace prémonitoire s'il en est, car, malgré Balzac, l’œuvre ne fut pas vraiment reçue par le grand public, lequel, féru de romantisme certes, ne goûtait pas encore la prose réaliste de l'écrivain. « Mon style est celui du code pénal », aimait répéter Stendhal qui, décrivant les tourments les plus exacerbés de l'âme, gardait la tête froide et comptait les points à la manière d'un arbitre détaché du contexte.

Plus tard, Nietzsche devait le saluer et un Wagner ne tarissait pas d'éloges sur le grenoblois naturalisé milanais.

C'est cette césure entre le thème et, pour employer un terme musical, l'orchestration, qui donnera à Stendhal sa portée universelle qui transcende le temps.

On ne compte plus les adaptations de la « Chartreuse » au théâtre, au cinéma et même à l'opéra. Fabrice, Clélia, la Sanseverina et Mosca, autant de caractères qui traversent, toujours actuels, les époques et témoignent à leur manière de la permanence du héros égaré dans la mesquinerie de son époque.

Par Candide
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Samedi 31 décembre 2011 6 31 /12 /Déc /2011 13:34

07.2011.3

Joueur de bansuri
(flûte traversière indienne)

 

On va pas jouer au vieux désabusé qui revient de guerres qui n'en finissent pas. Au contraire, retrouvons un peu de fraîcheur juvénile, celle qui faisait écrire à Céline : « avec un enfant on peut toujours espérer qu'il sera moins dégueulasse que les adultes ».

C'est donc dans ce parfum de jouvence que je vous souhaite, cher amies, chers amis, un année qui vient heureuse, féconde et paisible.

Paisible ! (avec un « P » comme Paix!). C'est bien ce qui nous manque le plus dans ce monde dévoyé qui nous entoure.

Songez : on ne nous entretient que de compétition, et mondiale en plus, d'austérité, de plan de relance (de quoi, je vous le demande ?), de bruits de bottes, de guerres ici et là, encore lointaines les guerres, mais elles se rapprochent comme me le dit mon petit doigt...

On nous demande d'être sérieux, responsables, impliqués, conscients, disponibles, citoyens, et que sais-je encore, alors qu'il nous suffirait, à vous et à moi, d'être nous-mêmes, soit de braves filles et de braves garçons qui vivent sagement, mais avec un peu de folie quand même, une vie qui passe trop vite, ce que les jeunes ne réalisent pas !

Une vie qui doit valoir la peine d'être vécue.

Qui n'aurait rien à voir avec une carrière (familiale, professionnelle, quelconque...) imposée.

Une vie qui serait un rêve réalisé !

Une vie dans laquelle, tous, on se reconnaîtrait !

Vous allez me dire que les rêves ce sont souvent des chimères inhalées au bout d’afghan blue corsés ou de narguilé suspects...

Et pourtant...

Si vous mettez votre vie en adéquation avec ce que vous souhaitez et pouvez en faire, pourquoi faudrait-il des paradis artificiels ?

Si vous conformiez vos rêves à une réalité prosaïque certes, mais rectifiable ?

Que faut-il au juste pour être heureux ?

Épouser le prince charmant, Cendrillon ou Britney Spears et gagner à l’euro million ?

Forget it !

C'est tout simplement se lever le matin après avoir passé une nuit pai-si-ble.

Ne pas se poser ces questions qui ne méritent pas de réponses.

Se dire que le grand escogriffe en face de vous (ou la grande échalasse, c'est selon...) est l'homme ou la femme de votre vie. Basta !

Et puis sourire...

Le bonheur, à l'instar de l'amour, est un mystère...

Ne pas dévoiler le mystère !

Bonne année, incorrigibles rêveuses et rêveurs !

 

 

 

 

Par Candide
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Jeudi 29 décembre 2011 4 29 /12 /Déc /2011 09:55

Ce n'est pas courant que nous relayions sans plus un article, mais celui repris infra en vaut la peine. Il abat une idole (pas de tous, de certains seulement...) Monsieur de Voltaire en personne, présenté comme un être "malveillant, imbu de sa pesonne et raciste". 
Le prestige de Voltaire, ce "chantre des Lumières" (qui n'éclairèrent pas grand chose, in fine) fut d'avoir soigné sa communication avant même que cette discipline n'existât !

 

voltaire.jpg

 

 

C’est un lieu commun de dire que le supplice de Damiens a scandalisé l’Europe des Lumières. 
Pour ce qui regarde la France, on chercherait vainement qui a pu dire quelque chose de décent à propos de cette barbarie [1]. Voltaire a abondamment parlé de Damiens [2], mais on ne trouve pas, dans le récit détaillé qu’il fit de son supplice, la moindre dénonciation. S’il passe pour avoir été le promoteur de ce qui deviendra les droits de l’Homme, c’est qu’il promut avec enthousiasme un opuscule intitulé « Traité des délits et des peines » paru en France en 1766 et signé d’un jeune juriste italien nommé Cesare Beccaria. 
« Si donc je démontre que, dans l’état ordinaire de la société, la mort d’un citoyen n’est ni utile ni nécessaire, j’aurai gagné la cause de l’humanité. » affirme le jeune homme. Les contempteurs de la barbarie judiciaire de l’ancien régime s’enthousiasmeront pour l’invention des travaux forcés à perpétuité, venus remplacer l’inutile et irréversible peine de mort.

Or il y a un problème. C’est que, dans la version originale du traité de Beccaria, il n’est pas question de travaux forcés à perpétuité, mais de mise en esclavage [3]. Et l’argument retenu pour remplacer l’un par l’autre n’est pas que la seconde est plus humaine que la première, mais qu’elle l’est moins : « Beaucoup d’hommes envisagent la mort d’un œil ferme… Mais le fanatisme et la vanité abandonnent le criminel dans les chaînes, sous les coups, dans une cage de fer : et le désespoir ne terminera pas ses maux, mais les commence. » 
Utilitaire. Là est la base de l’argumentation qui assurera que les Lumières firent progresser la justice. 
« Il est évident que vingt voleurs vigoureux condamnés à travailler aux ouvrages publics toute leur vie, servent l’Etat par leur supplice, et que leur mort ne fait de bien qu’au bourreau (…) Rarement les voleurs sont-ils punis de mort en Angleterre. On les transporte dans les colonies… Forcez les hommes au travail, vous les rendrez honnêtes gens. » 
Et d’ajouter, « Ce n’est pas à la campagne que se commettent les grands crimes, excepté peut-être quand il y a trop de fêtes, qui forcent l’homme à l’oisiveté et le conduisent à la débauche [4]. » 
Interdire au peuple de s’amuser de peur qu’il ne tire au flanc et déporter les voleurs vers les colonies, lumineux programme.

Au moins Voltaire s’éleva-t-il contre la torture. « Tous les hommes (…) s’élèvent contre les tortures qu’on fait souffrir aux accusés dont on veut arracher l’aveu…Quoi, j’ignore encore si tu es coupable, et il faudra que je te tourmente pour m’éclairer ? Chacun frissonne à cette idée. » 
Or, au plus fort des plus grands procès, - Affaire des Poisons, affaire Damiens -, jamais la torture ne fut appliquée autrement qu’après condamnation et juste avant l’exécution pour que, n’ayant plus rien à perdre, le condamné nomme ses complices. 
« Réservez au moins cette cruauté pour des scélérats avérés qui auront assassiné un père de famille ou le père de la patrie. » 
L’humanisme de Voltaire consiste à justifier les pires supplices dans certains cas, rejeter la peine de mort parce qu’il y a pire et plus utile, inventer le bagne et l’esclavage pour les voleurs, et enfin à demander l’abolition d’une pratique qui n’avait pas cours.

Voltaire fut en tout cas le chantre de la liberté d’expression. N’a-t-il pas écrit : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. » 
De plus en plus nombreux sont ceux qui savent que jamais, au grand jamais il n’a dit une chose pareille. Et dans la pratique, il fit exactement le contraire puisqu’il s’évertua à réduire au silence tout gêneur qui eut le malheur de lui faire de l’ombre. L’une de ses victimes, Lefranc de Pompignan, fut ainsi obligé de quitter Paris pour échapper au torrent de sarcasmes vipérins dont il le harcela pour le punir d’avoir, lors de sa réception à l’Académie, émis un jugement critique contre les Lumières. 
Voltaire fut impitoyable pour l’honnête critique littéraire Elie Fréron, qui jamais n’eut la bassesse de transiger sur ce qui lui semblait essentiel : rendre compte de la qualité des œuvres dont il rédigeait des analyses. Voltaire ne lui épargna rien : calomnies, libelles injurieux, cabales ordurières, diffamations publiques ou lettres de dénonciation auprès des autorités (auxquelles il communiquait l’adresse de ce monsieur…) Il réussit à faire interdire plusieurs fois « L’année littéraire » et même embastiller son directeur, pourtant chargé de famille et ne vivant que de sa plume. 
Comme il avait usé ses fonds de culotte sur les mêmes bancs que quelques très hauts personnage (le maréchal-duc de Richelieu, les frères d’Argenson, tous deux ministres, avaient été avec lui à Louis-le-Grand), obtenir une lette de cachet pour un importun était pour lui un jeu d’enfant. Il en usa plusieurs fois pour faire embastiller La Beaumelle, qui eut l’outrecuidance de critiquer un de ses livres. Jamais Voltaire ne pardonna à ce valeureux jeune homme, qu’il poursuivit de sa haine jusqu’au tombeau et dont il réussit à faire pilonner un des livres. 
On pourrait croire, pourtant, que les deux hommes partageaient certaines valeurs. En 1762, La Beaumelle s’était levé, à Toulouse, contre la condamnation d’un innocent nommé Jean Calas. Messieurs de Toulouse le bannirent de la ville pour ce courage, dont seuls aujourd’hui les Protestants français gardent le souvenir. La postérité ne se souviendra que de Voltaire, assurément bien meilleur en relations publiques que l’obscur et courageux La Beaumelle.

S’il fut odieux, vindicatif, vipérin, rapace, Voltaire devrait n’être jugé que sur son œuvre et non sur son caractère. C’est en général ce que répliquent ses admirateurs quand on ose entamer, si peu que ce soit, la réputation de cette idole planétaire. 
La France de Voltaire, le pays de Voltaire, les Lumières de Voltaire, le réseau Voltaire, le Lycée Voltaire, l’avenue Voltaire, le quai Voltaire, Voltaire et la tolérance, Voltaire et les droits de l’Homme… 
Admettons qu’on ne doive juger un écrivain que sur sa production littéraire, penchons-nous sur son best-seller Candide, et sur le passage dans lequel il dénonce l’esclavage. 
« Cependant, lorsque ma mère me vendit dix écus patagons sur la côte de Guinée, elle me disait : "Mon cher enfant, bénis nos fétiches, adore-les toujours, ils te feront vivre heureux ; tu as l’honneur d’être esclave de nos seigneurs les blancs, et tu fais par là la fortune de ton père et de ta mère." Hélas ! je ne sais pas si j’ai fait leur fortune, mais ils n’ont pas fait la mienne. » 
Il n’est pas possible de voir dans ce passage autre chose qu’une dénonciation de l’insondable imbécillité des nègres qui vendent leurs propres enfants à des gens qu’ils pensent supérieurs. S’il avait écrit que l’enfant avait été vendu par ses voisins, il se serait contenté de noter que l’esclavagisme existait en Afrique avant l’arrivée des Européens. Mais charger le père et la mère, c’est dénier à l’Africain l’appartenance à l’humanité, c’est en faire un dégénéré, un inférieur. 
Voltaire donnera à ce sujet le fond de sa pensée quand il affirmera : 
« Les Blancs sont supérieurs à ces Nègres, comme les Nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres [5]. » Ou bien : « Leurs yeux ronds, leur nez épaté, leurs lèvres toujours grosses, leurs oreilles différemment figurées, la laine de leur tête, la mesure même de leur intelligence, mettent entre eux et les autres espèces d’hommes des différences prodigieuses… des Nègres et des Négresses transportés dans les pays les plus froids y produisent toujours des animaux de leur espèce [6]. » Et bien d’autres horreurs encore…

Un peu plus loin dans le roman, toujours en Amérique, Candide constate que les femmes sauvages du pays qu’il traverse couchent avec des singes, et que les enfants qui en naissent sont des quarts d’hommes. 
Est-ce là ce qu’il faut penser des Amérindiens ? 
Les nombreuses références qu’il fait, autour de cet épisode, aux jésuites qu’il haïssait, lui permettent de faire d’une pierre deux coups : d’un côté il déshumanise les Indiens, et de l’autre il vomit sa haine contre les Jésuites qui, à l’époque de la publication de Candide, en 1759, avaient trouvé la mort deux ans plus tôt, les armes à la main, aux côtés des Guaranis massacrés, avec femmes et enfants, par les esclavagistes. 
Il est important de savoir que Voltaire se vanta, quand fut lancée l’expédition contre eux, d’avoir misé de l’argent sur l’affaire : « Le roi d’Espagne envoie quatre vaisseaux de guerre contre le père Nicolas à Buenos Aires, avec des vaisseaux de transport chargés de troupes. J’ai l’honneur d’être intéressé dans le vaisseau le Pascal qui va combattre la morale relâchée au Paraguay. Je nourris les soldats. Je fais la guerre aux Jésuites, Dieu me bénira [7] ».

Malveillant, imbu de lui-même et raciste, au moins Voltaire fut-il un témoin de son temps. 
Pas même. Il est impossible de savoir comment s’est déroulé un événement dont il rend compte : il ment. 
A propos de Damiens, qu’il qualifie de « misérable de la lie du peuple », il dit que son père avait été un fermier qui avait fait banqueroute. C’est une invention. Qu’il avait été soldat. C’est faux. 
« Il persista constamment à dire que c’était l’archevêque de Paris, les refus de sacrement, les disgrâces du Parlement qui l’avaient porté à ce parricide ; il le déclara encore à ses confesseurs ». Comment Voltaire peut-il prétendre savoir ce que Damiens a dit en confession ? 
A propos du procès : « Jamais en effet la vérité n’a paru dans un jour plus clair. » 
Pour oser prétendre que le procès de Damiens fut authentique et que la vérité y éclata, il faut simplement ne pas l’avoir lu. 
Voltaire ne se trompe pas, il nous trompe. Tout ce qu’il rapporte de l’affaire de l’Hôpital général est un tissu de contre-vérités enfilées comme des perles au fil des pages, j’en ai trouvé jusqu’à sept dans un même paragraphe. 
Mentir fut son système : « Il faut mentir comme un diable, non pas timidement, non pas pour un temps, mais hardiment et toujours. Mentez, mes amis, mentez, je vous le rendrai un jour [8]. » 
Et quand il ne ment pas, il passe tout de même à côté de la vérité. Il était à Paris et résidait à un jet de pierre des émeutes lors du soulèvement des Parisiens contre les enlèvements d’enfants [9]. Plusieurs milliers de personnes assiégeant et brûlant un commissariat et hurlant à la mort sous ses fenêtres n’ont pas su retenir son attention : il n’en a fait mention nulle part. Ce qui émanait du peuple n’existait pas.

En 1766, les barbares du Parlement de Paris commirent leur dernier grand crime public en condamnant, en appel, un malheureux jeune homme victime de la jalousie d’un petit juge local. Le prétexte invoqué étant un sacrilège prétendument commis contre un crucifix, les juges se posèrent, une fois encore, comme seuls habilités en la matière [10]. Et, après l’avoir fait torturer comme ils savaient faire, ils le firent exécuter. Il n’avait que dix-neuf ans, il s’appelait de la Barre. 
Comme on avait trouvé chez lui un exemplaire d’un de ses livres Voltaire fut mis en cause et réagit. Voici ce qu’il écrit : 
« Si on donne la question… à des Damiens, personne ne murmurera ; il s’agit de la vie d’un roi et du salut de tout l’État. Mais que des juges d’Abbeville condamnent à la torture un jeune officier pour savoir quels sont les enfants qui ont chanté avec lui une vieille chanson, qui ont passé devant une procession de capucins sans ôter leur chapeau, j’ose presque dire que cette horreur…est pire que les massacres de la Saint-Barthélemy. » 
Ailleurs : « Les juges de Calas ne firent d’autre faute que celle de se tromper, et le crime des juges d’Abbeville fut d’être barbares en ne se trompant pas. Ils condamnèrent deux enfants innocents à une mort aussi cruelle que celle de Ravaillac et de Damiens [11], pour une légèreté qui ne méritait pas huit jours de prison. L’on peut dire que depuis la Saint-Barthélemy il ne s’était rien passé de plus affreux. » 
Si les mots ont un sens, cela signifie que quand on dépèce Damiens, tout va bien. Que si Calas avait véritablement tué son fils, il eût été légitime de lui briser les membres un à un et de le laisser mourir lentement sur une roue. Et que, entre la Saint-Barthélémy et la mise à mort de la Barre, rien. 
Les horreurs de la Fronde qui ravagea le pays pendant quatre ans au siècle précédent, ne méritent pas qu’on s’y attarde. Les épouvantables tourments qu’on fit subir à un fils du peuple n’intéressent pas les Lumières en marche. Il n’est d’horreur que celle commise au nom de Dieu et de la religion, même et y compris si ceux qui la commettent n’ont d’autre autorité à parler au nom d’icelle que celle qu’ils se sont arrogée par la terreur.

Seul compta, pour Voltaire, le combat contre la religion : « Une fois que nous aurons détruit les jésuites, nous aurons beau jeu contre l’Infâme. » écrivit-il, deux ans avant la suppression de ceux qui lui avaient tout appris. L’infâme, c’était la religion. 
« L’irréligion, précisa-t-il, est un article de luxe à ne pas mettre à la portée du peuple ni des enfants. » Ou encore « Il ne s’agit pas d’empêcher nos laquais d’aller à la messe ou au prêche... ». 
Au siècle de Voltaire, religion était synonyme de morale, dont les gens comme lui étaient dispensés.

Il est impossible de concentrer, en quelques pages, la totalité des affronts à la morale commune et à l’humanité dont « monsieur de Voltaire » s’est amusé pendant sa longue et plaisante existence.

(A suivre…)

Sources : 
Voltaire intégral est en ligne. On peut tout trouver quand on sait utiliser un moteur de recherche et ouvrir des guillemets. 
A part cela :

  • François Cornou, Chanoine honoraire de Quimper, Trente années de luttes contre Voltaire et les philosophes du XVIIIe siècle, Elie Fréron, (1718-1776), Couronné par l’Académie française.
  • Beccaria, Cesare, Des délits et des peines. Il faut comparer les deux versions de cet ouvrage :
    • L’édition originale, disponible sur Gallica, sous le titre Traité des délits et des peines, troisième édition revue, corrigée et augmentée par l’auteur, parue à Philadelphie en 1766. Traduction par l’abbé Morellet. 
      Suivi de
    • Des délits et des peines, traduction de Maurice Chevalier, préface de Robert Badinter, Garnier Flammarion 1991.
    • Pierre Rétat, L’Attentat de Damiens, discours sur l’événement au XVIIIe siècle, Presses Universitaires de Lyon, Ed. du CNRS, 1979.
    • D’Argenson, René-Louis de Voyer, (1694-1757, marquis d’ ), Mémoires et journal inédit du marquis d’Argenson, ministre des affaires étrangères sous louis XV, 1865.
    • Marion Sigaut, La Marche rouge, les enfants perdus de l’Hôpital général.
Par Candide
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Dimanche 25 décembre 2011 7 25 /12 /Déc /2011 10:16

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Nativité (Rogier van der Weyden)

 

 

S'il fallait en une seule phrase définir le christianisme, on pourrait, sans se tromper, citer celle, magnifique, tirée du prologue de l’Évangile selon Jean : « et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous » (1.14)

Toute la doctrine chrétienne est contenue dans ces quelques mots écrits en grec lesquels rompent drastiquement avec le judaïsme. Le christianisme est la religion de la Parole qui s'est faite chair à hauteur d'homme. Dieu n'est plus un mot ineffable dont l'expression du nom est réservée à quelques grands-prêtres, désormais il est la Parole, soit l'expression du mot, et cette dernière est exaltée par la venue parmi « les siens » de Jésus-Christ, Dieu incarné.

Le judaïsme et, plus tard, l'islam, sont des religions du Livre, seul le christianisme n'a pas de Livre. Il y a le Nouveau Testament, bibliothèque de textes qui rapportent, chacun à leur manière, la vie et les paroles de Notre Seigneur et les actes de Ses Apôtres, mais toutes les paroles du Christ ne nous parviennent qu'à travers des dits.
Le judaïsme et l'islam ont leur langue sacrée, hébreu pour l'un, arabe pour l'autre. Le christianisme, depuis la venue de l'Esprit-Saint le jour de la Pentecôte, se prêche dans tous les idiomes sans prééminence de l'un ou de l'autre.

Le chrétien témoigne de la venue « parmi les siens » du Verbe Incarné, et son témoignage restera actuel tant que tous ne l'auront pas reçu afin de : « ne plus être né du sang, ni de la volonté charnelle ou virile mais de Dieu » ( Jean 1.13)

Cette œuvre fait passer le croyant du Mot à la Parole. Épreuve au noir où le vieil homme se dépouille de sa peau et affronte la souffrance et les affres de la mort pour opérer par celle au rouge sa métamorphose intérieure et se sublimer dans le blanc.

Écoutons Joseph de Maistre qui depuis son exil russe nous enseigne :

« Ce qu'on peut dire de mieux sur la parole, c'est ce qui a été dit de Celui qui s'appelle Parole. Il s'élance avant tous les temps du sein de son principe; il est aussi ancien que l'éternité... Qui pourra raconter son origine ? » (Soirées de St Saint-Pétersbourg).

Cette parole vivifiante est née cette nuit, sachons l'accueillir comme une lumière annonciatrice de temps nouveaux.

Par Candide
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Samedi 3 décembre 2011 6 03 /12 /Déc /2011 22:41

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Otto Weininger

 

 

 

Otto Weininger s'est suicidé en 1903 à Vienne dans la maison où mourut Beethoven, il avait 23 ans, son livre « Geschlecht und Charakter » (Sexe et caractère) venait d'être publié et l'auteur s'était converti au protestantisme quelques mois auparavant.

Ainsi s'achève dans cette Vienne décadente, où un docteur Freud s'initie aux prémisses de la psychanalyse, ce qui aurait pu être une fracassante entrée dans le cénacle des psychologues et philosophes du 20em siècle.

Parmi les admirateurs de l'ouvrage, il y a Wittgenstein, Ernst Bloch et Lessing qui voyait en lui la « typique haine de soi des Juifs ». Génie décadent pour Rudolf Steiner, « misogynie extrême » comme l'écrira Bergson qui l'a critiqué. Son livre est régulièrement réédité malgré son contenu pour le moins sulfureux : misogynie et antisémitisme. Une demi-douzaine de livres lui ont été consacré.

Weininger, né dans une famille juive où le père était orfèvre, se révèle vite sur-doué. Il connaît, très jeune, le latin et le grec, parle la plupart des langues européennes, y compris le norvégien par amour pour Ibsen, étudie les sciences naturelles, la philosophie, la psychologie.

Passionné par Kant, dont il épouse sans retenue l'idéalisme, il s'affirme zélateur de Wagner et ses héros aryens auxquels il oppose le matérialisme juif. S'ajoute à cette opposition, le sentiment de culpabilité dont seule la mort peut nous libérer. Il se convertit au christianisme qui est, selon lui « la plus haute spiritualité de la plus haute foi ».

La Vienne de 1903, c'est, rappelons-le, la psychanalyse d'un Freud, la musique atonale, le modernisme architectural, la philosophie analytique, Wittgenstein, Mahler, Oskar Kokoschka, Clemens Kraus et un certain Adolf Hitler qui dira, plus tard de « Sexe et Caractère » : « Weininger ? Le seul juif décent que j'aie connu ! ».

Wittgenstein n'hésite pas à le classer parmi les dix penseurs les plus féconds de son temps : « ce livre contient d'importantes vérités » écrit-il à G.E Moore (remarquons au passage que Wittgenstein est le rejeton d'une riche famille viennoise dont les parents juifs se sont convertis, eux aussi, au christianisme). August Strinberg abondera dans son sens, de même que James Joyce et Franz Kafka qui partageront ses conclusions sur les femmes et les juifs.

Weininger développe un système dualiste inspiré de Platon et Kant. Il y a le monde de l'espace et du temps, celui de la sensualité et de la mort et, de l'autre, le monde des intelligences, le monde de la logique, de l'éthique et de la liberté. Dans ce dernier, le sentiment de culpabilité, engendré par l'exacerbation des sens, est absent. Le mode des réalités sensibles, lui, n'a qu'une valeur purement symbolique.

Dans le monde des réalités intelligibles, il y a la femme soit F et l'homme, soit H, tout F, dans la réalité sensible est composé de plus ou moins de « h » (minuscule), la part masculine de la femme, et l'homme (H) contient, lui aussi, des parts de « f ».

Toute l'étude de « Sexe et Caractère » concerne, dès lors, non pas « les femmes », mais l'archétype « La Femme » confrontée à l'archétype « Homme ».

Le livre révèle une tendance paranoïaque qui conduit Weininger à des conclusions supportées par des arguments culturels souvent tronqués où le pseudo-scientifique, la théorie pure, la polémique intellectuelle et des éléments disparates se mélangent les uns aux autres et doivent leur cohérence au génie de l'auteur.

La pensée de Weininger se fonde sur le très kantien sujet transcendantal dont on ne peut démontrer l'existence mais seulement le déduire et qui, seul, permet la perception de la réalité sensible. C'est le sujet transcendantal qui est la source de la plus haute expression de l'esprit humain. C'est le propre du génie de transcender le temps, le génie est « celui qui se souvient de tout parce qu'il est capable de doter chaque moment de sa vie de sens ».

C'est ce soi intelligible qui nous permet de comprendre l'impératif catégorique kantien et donc de donner à l' humanité une dimension morale, cet impératif nous ordonne de traiter les autres comme fin en soi, et non pas en fonction d'autres buts plus égoïstes. Le monde de Weininger est celui d'une Utopie où le respect mutuel couplé à une exacte perception de ce que nous sommes, nous les hommes et les femmes, les animaux et les plantes, devient ferment de génie et de perfection spirituelle. C'est cette même conception qui génère chez l'auteur l'Utopie négative qu'il voit émerger autour de lui.

Quant au femmes (ou plutôt, pour reprendre sa terminologie : la Femme) elle relève elle aussi de la catégorie des humains (l'auteur précise qu'elle n'est ni une plante, ni un animal...) et participe à l'Utopie mais d'une manière purement biologique.

C'est que l'intellect de la femme est dominé par ce que Weininger appelle le « henid » (une « proto-pensée, une pensée brumeuse, une pensée indifférenciée...pour en savoir plus sur ce dernier, consultez les encyclopédies philosophiques), la femme ne peut donc concevoir ce qu'est le sujet transcendantal, ni les concepts purs, encore moins les catégories de l'esprit. La femme est l'être de l'instant, elle ne connaît pas l'éternité, elle n'est pas immorale, mais amorale, elle ne fait la différence du bien et du mal qu'en fonction de sa préoccupation propre. Étrangère, elle reste, à toute considération générale à laquelle elle est inaccessible intellectuellement. Le monde de la femme est le sien où l'autre n'est que dans la mesure où il la reconnaît, ainsi l'homme est celui dont la femme veut qu'il la fasse. La femme n'est que ce que l'homme en fait. La femme est la matière, l'homme est la forme. La femme, être chtonique s'il en est, « sous le «joug du phallus », est incapable de toute expression spirituelle, cette dernière impliquant la renonciation à soi est au-delà de l'intellect féminin. La femme nie l'existence de l'autre si ce dernier n'est pas dans la sienne. L'autre, pour la femme, n'est qu'un rouage. La femme est imperméable à toute métaphysique. Les femmes sont incapables de conscience, elle ne peuvent que calculer l'avantage matériel que leur procure la réalité ambiante. La femme, au mieux, ne peut qu'imiter (parfois avec virtuosité) l'homme.

Son univers est celui de deux pôle, la Mère et la Putain. Elle évolue de part et d'autre de ces derniers.

En un mot, comme en cent : « la femme la plus supérieure est infiniment inférieure au plus inférieur des hommes » (sic).

Ce genre de propos, en 1903, n'est pas exceptionnel, nous nous trouvons dans la ligne d'un Nietzsche ou d'un Schopenhauer (dont l'influence chez Weininger est manifeste).

Il y a chez l'auteur une nostalgie de l'éternité que sa caractérologie reflète par ce dualisme philosophique, l'Homme est le Tout, la Femme le Néant, l'Homme le spirituel, la Femme le matériel dans son expression la plus mortifère et dégradante.

Nous nous trouvons face à un extrémisme radical dont la conclusion nous surprend  elle aussi.

Il n'y a pas d'amour vrai entre l'homme et la femme. Seul l'amour libéré de l'érotisme est vrai. « L'homme doit transcender la sexualité afin de sauver la Femme"  écrit-il en reconnaissant tout de même que cette thèse conduit à l'extinction de l'humanité, ce qui pour lui n'est que détail : la véritable humanité est l’émancipation de notre condition charnelle. La Femme ne sera Femme qu'en cessant d'être femme !

Weininger attache une importance primordiale au « génie », cet être qui a une capacité d’empathie avec l'univers tout entier et qui transcende les notions aliénantes d'espace et de temps. Il en fait partie ! Il ne l'écrit pas, mais c'est évident tout au long de ses lignes.

Sa thèse, qu'il présenté à Freud à qui il demanda de la conseiller à des éditeurs, fut remarquée par ses professeurs qui jugèrent toutefois ses conclusions « fantasmagoriques ». Quant à Freud, pour qui le jeune auteur était une « personnalité frappante et avec une touche de génie », il s’abstint de conseiller l'ouvrage tout en retenant certaines conclusions de son auteur...

Et, paradoxalement, d'endosser pleinement le livre lors de sa parution

Ce que Weininger écrit sur les femmes, il le reprend pour les juifs et le judaïsme catalogué comme « religion femelle », matière que forme, seul et arbitrairement, un Dieu sectaire et jaloux. Les juifs, comme les femmes, sont incapables de transcendance, étrangers à toute métaphysique, sans âme et obsédés par l'espace et le temps. De même que les femmes ne sont que ce que les hommes en font, ainsi en va-t-il des juifs et de leur Dieu. Ils sont imperméables à toute morale et l'antithèse de l'aristocrate. Tout comme les femmes, ils ne se connaissent aucune passion pour l'individualité. Le juif, conclut-il, est le parangon de l'homme moderne, être grégaire qui suit le troupeau, incapable de tout esprit critique et personnel. Tout comme les femmes, les juifs doivent transcender le judaïsme, c'est-à-dire cesser d'être juifs.

Le livre paraît en 1903, onze ans avant la première guerre mondiale, cette boucherie sans précédent, et nourrit, malgré son auteur, l'antisémitisme barbare qui devait marquer les théories nazies.

Weininger est un cas psychologique type. Combat-il à travers sa caractérologie une tendance homosexuelle qu'il sublime par l'écrit ? Nul ne le saura. Est-il, comme on le lui a reproché un « juif ayant la haine de soi », ce n'est pas sûr, même si dans « Sexe et Caractère » il ne se présente que comme « d'ascendance juive ». Quel aurait été son cheminement ultérieur ? Aurait-il surmonté ce juvénil prurit misogyne ? Autant d'interrogations qui restent sans réponses, et pour cause.

C'est un esprit tourmenté et puritain qui vivait en dehors des codes de son époque. Abstinent sexuel, semble-t-il, en marge de la vie mondaine viennoise, ses lettres révèlent un sentiment profond de culpabilité et une attirance morbide pour aborder l'autre face de la mort.

Son christianisme devait être purement idéal. Une croyance en l'Idée en soi, détachée de toute contingence terrestre.

Que faut-il retenir de cette thèse, magistralement développée dans un langage clair et parfaitement compréhensible pour tous ?

C'est un livre qui, en 2011, nous choque et peut faire naître chez le lecteur un certain sentiment de répulsion. Mais il faut savoir le surmonter. Au-delà des délires il se trouve toujours une part de vérité qu'il est bon de remettre en place.

Ainsi le féminisme, considéré par Weininger comme « une forme d'hermaphrodisme qui veut que les femmes deviennent des hommes tout en restant des femmes » ce féminisme qui prône l'égalité entre homme et femme: cette égalité (hors l'égalité ontologique, cela va de soi!) n'existe pas. Pas plus qu'elle n'existe entre une pomme et une poire. Les hommes et les femmes sont différents, et nous pensons que c'est une excellente chose. Le féminisme aujourd'hui demande encore plus : la parité. Or cette revendication est illusoire. Il ne pourra jamais y avoir de parité entre hommse et femmes, les caractères des uns et des autres étant trop dissemblables. Le féminisme, hors l'affirmation de la différence et de l'originalité des sexe, n'est que sophisme.

Il faut prendre l’œuvre de Weiniger pour ce qu'elle : un manifeste anti-moderne qui, en ce début du 20em siècle, à l'aube d'une apocalypse effroyable, rappelle certaines vérités essentielles communes aux hommes comme aux femmes : il ne sert à rien de nier ce que la nature a voulu de tout temps, le faire, c'est jouer aux apprentis sorciers et ouvrir la boîte de Pandore.

Le monde qui est le nôtre aujourd'hui se méfie des héros, prêche un syncrétisme réducteur, nous pousse à épouser une identité de circonstance, nie l'évidente différenciation des sexes et nous entretient dans une fallacieuse illusion d'égalité.

Weininger est de ceux qui, maladroitement sans doute, mais avec force et talent ont tout fait pour remonter le sens de l'époque.

En vain, peut-être...

Par Candide - Publié dans : Philo
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Samedi 19 novembre 2011 6 19 /11 /Nov /2011 09:08

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Le règne des sophistes !

Ce n'est pas la première fois que nous utilisons cette image, tant il est vrai que ce qui nous reste de société baigne dans la confusion des esprits et des valeurs.

En voici quelques exemples, ils ne sont pas limitatifs, loin de là.

L'égalité :

ou la conviction que nous sommes tous égaux, qu'il n'existe pas d'échelle de valeurs applicable aux hommes, qu'il n'y a pas de « supérieur » et « d'inférieur », mais rien que des « citoyens » égaux en droits et en devoirs.

C'est faux !

Si sur le plan ontologique nous sommes tous égaux, sur tous les autres nous différons. Il y a, ne nous en déplaise, des hommes et des femmes qui sont plus intelligents, beaux, talentueux et charismatiques que nous. Qui nous sont donc supérieurs.

Atténuons cependant notre jugement : il n'y a de supérieur que si, en face, se trouve un inférieur. La reconnaissance de l'un et de l'autre implique le partage. Le supérieur ne l'est que s'il « partage » sa supériorité avec l'inférieur. Mieux, la lui donne ! Et il n'est supérieur que dans la mesure où l'inférieur le reconnaît comme tel.

Il fut un temps où, à l'école, il y avait un premier de classe. Un temps aussi où l'instituteur, le professeur étaient respectés.

Saint Irénée de Lyon a écrit cette phrase magnifique : « Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu ». Le supérieur véritable aspire à la véritable égalité, non pas celle qui se fait par le bas, mais qui hausse le bas vers le haut.

Les femmes :

les femmes ne sont pas égales aux hommes et, parallèlement, les hommes ne sont pas égaux aux femmes. On ne compare pas l'une avec l'autre, comme on ne compare pas une poire à une pomme.

La femme a sa spécificité propre, sa psyché comme sa physiologie veulent qu'elle soit faite pour porter des enfants, les élever et être gardienne du foyer. C'est une tâche particulièrement importante que le modernisme ambiant a dévalué avec les conséquences que l'on sait car un foyer sain, c'est une assurance de société plus saine.

Les conséquences de cette dévaluation du rôle naturel de la femme sont catastrophiques. La démographie en Europe et en Amérique du Nord est en chute libre. L' Union Européenne perdra cent millions d'habitants d'ici la fin du siècle . En 2050, un habitant sur deux en Europe occidentale sera de souche extra-européenne. L'intégration des immigrés de seconde ou troisième génération à nos valeurs inspirées du christianisme et des Lumières étant ce qu'elle est, nous n'hésitons pas à parler de risques réels de guerre civile.

Le nombre des avortements ne cesse de croître. Rien qu'en France 200.000 en 2009 !

L’avortement consiste, tout le monde le sait, à supprimer un organisme vivant indépendant de l'organisme porteur. Cette suppression porte un nom !

On peut se poser la question : la femme occidentale veut-elle encore enfanter ?

Responsables de ce désastre moral et sociétal, les doctrines féministes qui, sous couvert « d'égalité » et de « parité » (des sophismes), prônent une démission de la femme face à ses responsabilités et un envahissement de la sphère naturelle des hommes.

Le féminisme, pour reprendre l'expression d'Otto Weininger dans « Sexe et Caractère » est, en fait, un « hermaphrodisme » qui veut que la femme devienne un homme tout en restant une femme.

Troisième et amère constatation :

La pensée est muselée !

Vous êtes tous priés de penser « comme il faut », c'est-à-dire sacrifier à la doxa générale et imposée.

Pas question d'emprunter des chemins de traverses !

Ce que vous venez de lire est déjà suspect, si vous l'ébruitez, des apostrophes vous attendent qui vous rangeront dans le clan des marginaux de gauche ou de droite, voire des nostalgiques d'un ordre révolu (paraît-il).

Remettre en cause des vérités toutes faites et ordonnées par tous les pouvoirs, c'est s'exposer aujourd'hui à l'ostracisme public voire à des sanctions pénales .

Il y va de ces lois qui, un peu partout en Europe, interdisent d'étudier, et donc de réviser le cas échéant, les événements qui virent le massacre des Juifs durant la deuxième guerre mondiale. Cette interdiction consacre le pouvoir donné aux politiques de « dire l'Histoire », alors que c'est le travail des historiens que des lois et règlements réduisent au silence. C'est insupportable !

Il y va aussi de cette démocratie dont on nous assure qu'elle est la poutre maîtresse de notre système politique.

A les croire, la démocratie consiste à faire voter le peuple une fois tous les cinq ans et puis baste.

La démocratie athénienne qui se déclinait sur un espace géographique réduit, était réservée à certaines catégories de citoyens qu'elle faisait activement participer à son fonctionnement.

Nous pensons aussi que l'exercice de ce privilège ne peut se faire que dans un espace limité, comme celui d'un canton suisse par exemple, et qu'il suppose la participation active de tous les citoyens.

Ce qu'on nous présente comme « démocratie représentative » est une déviance de l'esprit démocratique de l'Athènes antique. Un avis qui n'oblige que s'il conforte le système en place.

La preuve : les politiques européens ne s’embarrassent guère de sentiments quand il s'agit de réformer des référendum qui ne consacrent pas leur agrément. Des pays comme l'Irlande, la France et, récemment, la Grèce en savent quelque chose.

Là aussi, démocratie et sophisme deviennent synonymes.

Nous pourrions encore longtemps gloser sur ces dérives, sémantiques ou non, qui font le malheur de nos temps.

La notion de « liberté » qui est toujours celle de celui qui s'en prévaut et rarement celle des autres qui la subissent.

La « tolérance » qui devient sœur du laxisme.

Mais, plus grave encore, est cette conviction qui, petit à petit, envahit les esprits, et qui veut que, dans le fond, toutes les opinions sont respectables pour autant, bien entendu, qu'elles s'inscrivent dans le cadre de celles qui confortent la doxa générale et imposée

La première victime de cette décadence est l'esprit des humanités. Nous ne vivons que dans une société de techniciens, de zélateurs de la technicité. Un monde où l'ordinateur pense et l'homme l'assemble et le répare. Un homme voué non plus à la connaissance, mais à la performance, un acteur, sans plus, d'une croissance économique qui englobera – quel sophisme de plus ! - sa sphère culturelle.

Un homme qui croira que la vie ne peut être qu'heureuse, que ce bonheur est même un droit, alors que la vie n'est ni heureuse, ni malheureuse mais une succession de l'un et de l'autre et qu'au bout il y a, inéluctable, la mort.

Mais de celle-là, on ne lui parlera guère...

Elle pourrait le rendre conscient !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Candide
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Lundi 29 août 2011 1 29 /08 /Août /2011 22:18


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                                                                    Pia Petersen

 

 

Il y a d'heureuses rencontres qu'on regrette ne pas avoir faites plus tôt. Je puis en témoigner après celle de madame Pia Petersen, danoise d'origine qui écrit en français.

Le français, elle l'a appris à la faculté, où elle a étudié la philosophie, mais aussi dans les rues y compris ses quartiers les plus interlopes. De quoi forger une langue, la tourner et retourner et mettre en relief ses facettes les plus subtiles . Dans cet art, le propre de l'écrivain, Pia Petersen excelle, mais sans ostentation, sans qu'à aucun moment l'auteur ne prenne le pas sur l'écriture.

Si elle était musicienne, au pupitre des bois, elle serait le flûtiste, qui donne le « la ».

Dans son roman « Une fenêtre au hasard », publié en 2005 chez Actes Sud, elle nous décrit en lignes sobres et pointillées, un peu à la manière d'un Seurat, l'histoire d'une femme qui se croit laide et insuffisante. En face de sa chambre il y a une fenêtre qui jamais ne s'ouvre, jusqu'au jour où un homme y paraît. Elle ne le connaît pas, mais, sans savoir pourquoi, cette arrivée inespérée l'émeut, dans le sens le plus étymologique du terme ; elle se sent projetée vers cet « autre » dont elle veut qu'il ne soit plus un non connu.

Alors, elle qui vit seule, s'inventant des relations et des histoires à raconter au bureau, elle l'épie, cet homme et, durant des heures, jumelles aux yeux, le regarde vivre dans ce chez soi dont elle prend possession.

Et elle lui parle, à cet homme qu'elle finit par connaître en chipant son courrier qu'elle lit et restitue aussitôt. Elle fait de lui son confident et le répondant de ses longs monologues, le héros d'une histoire que, jour après jour, elle couche sur le papier, et qui devient bien vite une histoire d'amour.

Pia Petersen, en petites phrases sobres nous conte le désarroi de l'âme seule qui veut se donner à l'autre dans un irrésistible besoin d'attachement. Roman de la solitude, « Une fenêtre au hasard », est aussi celui de l'amour, même désespéré, sans lequel, pour reprendre le thème d' « Au-dessous du volcan », « no se puede vivir », on ne peut vivre.

L'homme en face, finit par réaliser qu'il est épié, il rencontre, sans la reconnaître, celle qui le harcèle et se demande in fine si ce n'est pas elle la cause de son malaise, mais il ne lui en veut pas et finit par se sentir affreusement seul lui aussi.

Deux solitudes qui se conjuguent à distance et se rencontreront peut-être au détour d'une phrase, d'un chapitre... ou jamais.

« Je me sens si bien quand il est chez lui, c'est comme si nous étions tous les deux , seuls au monde mais ensemble ». (page 69).

La recette du bonheur est peut-être là : vivre seul avec le sentiment de la présence de l'autre.

Le style de madame Petersen est pareil à une brume légère qui ,au détour d'un mot, laisse transparaître un soleil éclatant, puis retombe enveloppant les choses et les gens dans leurs éphémères et pathétiques secrets.

Secrets que nous emporterons tous avec nous, malgré Pia Petersen qui, elle aussi, depuis sa fenêtre, nous en arrache des bribes...

 

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Par Candide
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Mercredi 24 août 2011 3 24 /08 /Août /2011 09:49

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Madame Diallo et son avocat

 

Quand au sortir d'une relation sexuelle, une femme présente une déchirure des ligaments de l'épaule et une lésion dans la région vaginale, il s'est passé quelque chose qui s'appelle violence.
C'est le rapport clinique de l'état physique de madame Diallo après sa rencontre avec Dominique Strauss-Kahn, le quatorze mai dernier.

Un juge français se serait posé, à raison, des questions.
Aux États-Unis, rien de pareil.
La procédure est strictement contradictoire, ce qui signifie que le procureur va rechercher des éléments lui permettant de conclure à la culpabilité du justiciable. L'avocat de la défense, lui, fera le contraire.
Le procureur est élu. Il doit, au bout de son mandat, pouvoir dire à ses électeurs : j'ai gagné (c'est le terme qui s'impose!) autant de procès, j'ai mis en taule autant d'accusés, accordez-moi à nouveau votre confiance. S'il estime que sa partie sera rude, qu'il risque de se faire désavouer, il préfère en rester là et abandonner les poursuites. En se disant qu'au civil la partie qui s'estime lésée l'emportera plus facilement. Pareil à Pilate, il s'en lave les mains !
Madame Diallo aurait mérité un procès. Si les faits s'étaient passés en France, c'est ce qui aurait eu lieu. Notre justice est ce qu'elle est, mais les procureurs ne doivent pas caresser dans le sens du poil des électeurs, et le président et les magistrats d'une Cour ou d'un Tribunal sont libres.
Un procès aux États-Unis, c'est le redoutable« cross examination », c'est-à-dire l'interrogatoire de l'accusé et du plaignant. Monsieur Strauss-Kahn aurait eu à répondre de sa réputation, de son étrange rapport envers les femmes, et surtout du pourquoi de l'état physique de madame Diallo après leur rencontre !
On aurait pu, alors, saisir la face cachée de cet homme...
Peut-être qu'à l'issue de cette confrontation les jurés auraient jugés qu'après tout Dieu seul sait ce qui s'était passé dans cette suite du Sofitel, et qu'ils auraient blanchi le Français. Mais elle aurait pu s'exprimer, elle, une immigrée africaine, sans la culture et le charisme de celui qu'elle accuse.
Le début de l'affaire nous a tous estomaqués ! Strauss-Kahn menotté, emprisonné et les Américains nous assurant que la justice chez eux, c'est comme ça : pas de différence entre les puissants et les sans grades. C'est vrai, mais avec un bémol que nous venons de pointer du doigt.
Reste le procès civil qui se déroulera dans un an ou deux et où madame Diallo peut placer tous ses espoirs.
Quant à monsieur Strauss-Kahn, il a déclaré vouloir revenir en France (où l'attend la plainte de Tristane Banon...).
Qu'il le fasse et jouisse d'un repos... mal mérité !

Par Candide
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