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Texte Libre

Gilles Deleuze

"Tout philosophe s'enfuit quand il entend la phrase: on va discuter un peu."
(Qu'est-ce que la philosophie ?")
Mardi 8 avril 2008

On ne fait jamais quelque chose « pour rien », derrière le faire il y a un pourquoi le faire.
Les choses sont simples quand le pourquoi est évident : j’achète du pain pour le manger.
Cela l’est moins quand la motivation principale doit être occulté : il y a eut colonialisme pour apporter à, des peuples qui n'en avait pas la moindre idée la « civilisation » ... et pour rien d’autre, bien entendu !
Marx a mis en reliëf le substrat intellectuel et spirituel qui sous-tend l’action matérielle, je ne m’étendrai pas là dessus sinon pour affimer qu’aujourd’hui, comme au 19em siècle, sa doctrine reste aussi fondée et actuelle que celle de la plus-value.
L’essor du protestantisme naît d’une option fondamentale : celle de la prédestination qui veut que, dès sa naissance, tout homme est déjà sauvé ou damné. A partir de ce postulat dérivent toute une série de conséquences qui feront le jeu de la doctine protestante, principalement dans sa confession calviniste.
La légitimation du prêt à intérêt – condamnée par l’Eglise (et l’islam)- permet l’essor du capitalisme et dédouane les riches de la malédiction qui était la leur dans les Evangliles. Rien de plus normal : le riche est riche car Dieu bénit ses entreprises, le pauvre l’est en raison du poids de ses péchés. Le pécheur étant damné par avance, il importe de s’attacher à l’exemple de celui que Dieu a élu, même et surtout s’il est riche et puissant.
 Les Etats-Unis furent la terre d’élection d’une foultitude de sectes protestantes plus radicales les unes que les autres. Venues d’Allemagne et de Grande-Bretagne, elles furent conntraintes à l’exil en raison de leur refus de toute autorité civile et de toute reconnaissance d’un pouvoir temporel quelconque. N’acceptant comme loi que celle de Dieu, telle qu’elle est écrite dans la Bible, et niant toute autorité au pouvoir séculier, elles trouvèrent dans ce continent l’occasion de mettre en pratique leur doctrine élitiste.
Les Indiens, des païens, furent massacrés en tant que tels. Les noirs, esclaves, l’étaient en raison de la malédiction qui plane encore sur les fils de Cham, leur condition repose donc sur une base légitime.
L’avoir est la récompense de celui qui travaille, Dieu ne pourrait se permettre, pour ces sectes, de bénir l’œuvre d’impies, par conséquent, le capitaliste est un pieux dont Dieu protège l’avoir.
Les temps ont changé, mais pas les superstructures : si aujourd’hui ces dernières sont encore religieuses dans les pays anglo-saxons et principalement aux Etats-Unis, ailleurs on les remplace par des concepts hérités du siècle des Lumières dont on dévie le but premier.
Ainsi les Droits de l’Homme, révolutionnaires au 18em siècle, qui, le temps aidant, sont devenus le support doctrinal fondant la liberté d’entreprise, soit la liberté d’exploiter son prochain.
Le libéralisme économique ne se réclame-t-il pas de la « liberté » ? Cette liberté qui permet au plus fort de dominer le plus faible en raison du droit qu’invoque le premier à agir, fut-ce au détriment des droits du second.
Tout au long de l’Histoire, les superstructures se conforment aux desiderata des infrastructures, rares furent les moments de coïncidences entre les deux.
Aux Etats-Unis, vingt pour cent de la population se réclame d’eglises évangéliques disparates qui toutes soutiennent le capitalisme ambiant et le sentiment de supériorité spitiruelle et morale dont se targuent leurs fidèles.
Ainsi, tout ce qui n’est pas conforme à leur schéma est présenté sous l’angle du mal. Leur vision du monde, de l’homme, de la femme, de la famille, de l’Etat et de l’économie est la seule qui soit conforme au bien, les autres sont, ipso facto, réduites au rang  d’éléments hostiles dont il convient de réduire, par la force s’il le faut, l’influence et l’anéantir.
Un dernier exemple, actuel: on nous dit qu'on ira en Chine faire du sport (entre autres) pour témoigner (comment ?) des droits de l'homme, alors qu'il y sont totalement déniés...
Ces "droits de l'homme" excusent une participation qui sera l'occasion pour un régime national-capitaliste de se mettre en exergue, comme sera mis en exergue le volet purement commercial de cette exhibition.
La bonne excuse...
Pas étonnant que dans ce contexte le monde aille si mal…

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Par Candide - Publié dans : Philo
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