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2 mai 2008 5 02 /05 /mai /2008 17:46

sault

 

Saint-Jean-de-Sault : neuf-cents mètres d’altitude, une nature qui affiche un  mois de retard sur le printemps de la vallée, un air vif ; sous les conifères, des champs de lavandes à l’infini qui, gris aujourd’hui, exhiberont leur couleur violet d’évêque à l’aube de l’été.
Dans un étang, des grenouilles manifestent bruyament leurs amours naissantes. Des chèvres guidées par deux chiens vifs,  passent indifférentes.
« Je ne suis certain que d’une chose : que tout est ascension. Tout monte vers une idée de perfection. Aucune solution de continuité entre Matière et Esprit : rien qu’une différence de densité. Tout avance vers la légèreté ; et la légèreté tend vers Dieu, ou vers le Néant absolu. Tout est itinéraire va de l’obscurité la plus profonde (mais peut-être jamais sans une parcelle de conscience) à la pleine lumière : si lumineuse qu’on la prend parfois pour un infini vide. » (page 224 : 8 novembre 1985, 23h59).
Voilà ce qu’écrit, ce jour et à cette heure, Carlo Coccioli. Il est à San Antonio, Texas, pour un mois. Il a quitté son Mexique d’adoption pour un mois et durant cette brève période se livre à une chronique d’intériorité.
« Je voudrais ne pas avoir écrit tous les livres que j’ai écrits. Je voudrais en avoir écrit qu’un seul : simple, clair, précis, définitif. Je vis avec la peine de n’avoir pas été capable de l’écrire. » (page 9 : 22 octobre 1985, 8h21).
Singulière expérience que de tenir pareil journal. Il faudrait que je m’y mette. En Afrique, la prochaine fois, c’est promis !
Je me revois, il y a trente ans, sur cette route de l’Arizona parallèle au Mexique voisin. Elle menait à la ville-frontière de San Luis, coupée en en deux par un énorme mur dont l’arête s’ornait de barbelés électrifiés. Partout des miradors et des projecteurs : la frontera !
Les riches d’une côté, les pauvres de l’autre. C’est bien mieux comme ça, non ?
Côté mexicain, San Luis, Sonora : le tiers-monde, sa misère, ses odeurs, ses regards furtifs, les bruits, les corbeaux et les rats obèses.
Rien n’a changé depuis, sinon que le sang des immigrés coule du côté de l’Arizona, ce qui ne repousse en rien les vivants…
Quelle est la réponse au scandale du mal et de la douleur des innoncents ? Coccioli en a une : le karma.
Pourtant : « tout est maudit dans le monde sauf le souvenir de Dieu » aurait dit le Prophète Mahomet. D’où le concept des mystiques musulmans, le dikhr, le souvenir.
« Je t’ai donné un monde inachevé, imparfait, rempli de moustiques et de caïmans, comble d’énigmes, de douleur, de sang, un monde régi par le Karma mais c’est un monde vivant où toi, et parce que tu aimes et souffres et protestes et pleures, et parce que tu coopères à mieux le créer, et que finalement tu meurs, tu es vivant toi aussi. » (page 314 : 21 novembre 1985, 13h40).

coccioli


Carlo Coccioli : « Petit karma », editions Du Rocher, 1988.




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Published by Candide
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