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Gilles Deleuze

"Tout philosophe s'enfuit quand il entend la phrase: on va discuter un peu."
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3 mai 2008 6 03 /05 /mai /2008 14:30

Faisons un distinguo, voulez-vous ? Il y a, d’une part, la morale : le bon et le mauvais.

De l’autre, il y a l’éthique : le bien et le mal.

Trop souvent, on confond morale et ethique, or le bon n’est pas toujours bien et le mauvais, mal.

La violence est un usage agressif ou excessif de la force. Curieusement, il y a dans violence, la racine vie. La vie est-elle violente par nature ou, si vous préférez : la vie est-elle un usage agressif voire excessif de la force ?

La réponse, évidente, est non.

Une fois de plus, c’est l’étymologie grecque qui nous sauve. En grec « bios » ; vie, a la même racine que « bia » violence et force.

C’est donc dans ce dernier sens de force que nous devons comprendre la racine identique à vie et violence.

La vie est une expression de la force. Bergson nommait cette force « élan » : l’élan vital.

L’expression de la force dans la vie est constante. L’anémie est l’affaiblissement de cette force.

Cette force se manifeste dans tous les stades de la vie. La naissance, à travers l’accouchement est une manifestation quasi excessive de la force. L’amour est un sentiment fort, parfois violent, c’est-à-dire excessif. La relation sexuelle peut, elle aussi, revêtir pareille particularité. Et que penser des manifestations d’opinions, de foi, de croyances, de protestation dont, pour chacune d’elles, on peut dire qu’elle ont « force de foi » ?

Pour revenir à notre premier paragraphe, posons-nous la question. Peut-on,  pour rétablir l’éthique, le bien, utiliser un moyen réprouvé par la morale, le mauvais ?

Ou : peut-on utiliser la violence pour rétablir le bien ?

C’est le principe de la « guerre juste » reconnu par le droit public international, par l’Eglise catholique, par l’ONU et récemment introduit dans la « théorie du devoir d’ingérence humanitaire ».

Est-il juste de sauver, un pays et une population menacés en utilisant la force ?

La réponse va de soi !

Mais cette force, dans les limites de la définition, pour ne pas être violente ne doit pas être excessive et agressive.

C’est ici que survient la difficulté : quelles sont les limites de la force et de la violence ?

Peut-on, dans le cadre d’actions humanitaires limites, comme on en a vécu au Liberia ou au Ruanda imposer sans agressivité ou excès un ordre pacifique ?

S’abstenir de transgresser ces limites est-ce encore une manifestation de la force ?

Et la force, dans son expression ultime, n’est-elle pas de la violence ?

Peut-on répondre à la violence (excès, agressivité) par la violence ?

J’ai l’impresssion que ces distinguos font le bonheur des philosophes mais pas nécessairement celui de ceux auxquels la force devrait rétablir des droits bafoués.

Car les fait sont là dans leur criante nudité. Des situations intolérables, dans lesquelles des populations innocentes font les frais, persistent dans le monde. Je pense à la pauvreté endémique en Amérique du Sud et en Afrique, à la violation des droits de l’homme dans la plupart de nos continents. A la violence économique subie par les travailleurs en Europe et dans le monde. A la violence industrielle subie par la planète.

A toutes ces violence nous devons opposer notre force.

Rien que notre force ?

Si cette dernière ne réussit pas (les exemples abondent : fiasco d’organismes internationaux en ex-Yougoslavie ou en Afrique, ne faut-il pas passer à l’étape suivante et opposer l’excès à l’excès ?




On me rétorquera que la non-violence (qui est une expression autre de la force)a fait ses preuves. Indépendance de l’Inde grâce à la non-violence prônée par Gandhi ; déségrégation aux Etats-Unis par l’action, non violente, de Martin-Luther King.

C’est vrai, ce fut nécessaire, mais ce ne fut pas tout.

En 1947, la Grande-Bretagne était épuisée par la guerre et la perspective d’un nouvel affrontement en Inde impensable. De plus, elle subissait de la part des Etats-Unis une pression forte pour mettre fin à son Empire. Ce fut le cas aussi pour les autres puissances coloniales européennes.

Quant à Martin-Luther King, il a fait du bon travail mais aussi avec l’aide des médias américians ralliés à sa cause et à l’opinion de la majorité de ses compatriotes. Les ségrégationistes du Sud ont, donc, dû abdicquer.

Mais ailleurs ?

Vous imaginez le régime capitalo-communiste chinois se remettre en cause parce que quelques étudiants manifestent place Tien-An-Men ? Vous avez vu comment cela s’est terminé.

Même constat dans cette Afrique de feu Mobutu ou au Chili de Pinochet.

Dès lors, faut-il que la violence, plutôt que la force. devienne inéluctable ?

La question reste posée.

 

 


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Published by Candide - dans Philo
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