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Gilles Deleuze

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10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 16:31

Brassens a dénoncé « les gens qui sont nés quelque part » et nous, à notre tour, posons-nous la question : sommes-nous déterminés par le Lieu ou le déterminons-nous ?

La réponse de Lévinas est claire : l’homme n’a pas à se soucier du Lieu. Il n’en a pas, il est une singularité irréductible au Lieu et même à l’Etre.

Ce disant, il se différencie radicalement de Heidegger pour qui le dé-couvrement de l’Etre se célèbre par le culte et la poésie ; autant de paganismes pour notre philosophe.

L’homme, poursuit Lévinas, est non pas dans le Lieu, mais dans l’humanité tout entière, ce lieu où légifère la raison. Le problème n’est pas le Lieu ou l’Etre, mais la souffrance,  l’inégalité et le rétablissement de la justice.

Ces problèmes - ce ne sont pas des mystères, à la différence du Lieu et de l’Etre – ne se résolvent que par la relation humaine « face à face » et non par l’identité culturelle ou naturelle.

Si l’humain ne voit que ses lieux, fois et coutumes il rejette et ne reconnaît pas l’autre qui ne les partage pas (l’immigré par exemple) il y a exacerbation et haine, donc abandon de l’humanité.

La technique (que Heidegger dénonce) est précisément ce qui peut contribuer pour que l’homme se détache du Lieu pour mieux se fonder dans son humanité. La technique rend plus douce à l’homme le mystère de ses origines.

En se dégageant de l’Etre et du Lieu, l’homme fait apparaître  le « visage humain dans sa nudité ».

Que penser de tout cela ?

Levinas a survécu à la Shoah qu’il voit comme une rupture totale du pacte humaniste. Dès 1934 il avait dénoncé cette tendance, présente dans le stalinisme comme l’hitlérisme, qui ne voit de morale que collective et inscrite dans un seul et unique contexte social. Il croit que l’humanisme est précisément individuel, qu’il se fait et se développe dans le « regard de l’autre ». Si je suis humain, c’est que mon humanité est reconnue par le regard de l’autre.

Peu importent l’être et le lieu de cet autre.

C’est très profond comme pensée et assurément digne de respect. Mais elle présuppose une capacité intellectuelle et une aspiration à la morale au-dessus de la moyenne.  C’est difficile. L’homme aime savoir d’où il est, qui il est (ou croit être) parce que cela le rassure. Se savoir « simplement humain et rien d’autre » n’est pas l’état le plus rassurant qui soit. L’homme aime se rattacher à « sa » terre. C’est primitif mais respectable et défendable.

C’est par la lecture de la Bible et du Talmud qu’il amplifie sa pensée. Il voit dans la Bible une saga d’hommes sans Lieu, en perpétuel exode (hors de la route) ; la Terre Sainte est une nébuleuse d’espérances et d’attentes, rien de plus. Le Lieu, notre Terre, est l’endroit où l’on vit, mange et se repose, il nous sert, nous ne lui appartenons pas.

Je ne le suis pas dans sa définition de la religion qu’il voit comme un lien qui unit l’autre au même en dehors de toute réductibilité, la religon, pour moi, suppose toujours in fine une réductibilité et je ne vois pas très bien comment il justifie et illustre cette définition.

Le grand mérite de ce penseur d’exception est d’avoir, très tôt après la guerre, restauré l’humanisme qui en avait grand besoin.

 

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Published by Candide - dans Philo
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