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Gilles Deleuze

"Tout philosophe s'enfuit quand il entend la phrase: on va discuter un peu."
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18 mai 2008 7 18 /05 /mai /2008 18:39




La vérité est sans doute le mot le plus galvaudé de la langue des hommes.
Sa définition est la suivante : « accord de l’intelligence avec la chose ».
Si je montre une chaise et que je dis : « voici une chaise »,  je dis vrai. Il y a accord entre mon jugement et l’objet.
Le jugement est l’acte intellectuel à travers lequel je vise la chose.
Et ce jugement est vrai si ma perception vient remplir adéquatement la signification visée.
Ma proposition est donc irréfutable.
Soyons plus critique.
Si je dis « Dieu existe » il n’y a pas adéquation entre la chose (Dieu) et l’intelligence.
J’exprime, dans cette proposition une opinion (« doxa » en grec).
Ma proposition est dogmatique. Elle est réfutable.
Si je dis « voler autrui est malhonnête » suis-je dans l’opinion ou dans l’adéquation ?
Là, je me situe dans un autre registre, plus subtil et qui implique un parcours intellectuel plus sophistiqué.
Voler c’est dérober un bien qui ne m’appartient pas. Il y a donc objet (matériel ou intellectuel, peu importe…)
« voler autrui est malhonnête » permet, par conséquent un accord de l’intelligence avec la chose.
Cette proposition est donc vraie.
Y-a-t-il une « Vérité » absolue ?
C’est la question qui titille bien des philosophes.
Faisons un distinguo si vous le voulez bien.
Partons de la causerie. Causer c’est parler sans un but bien précis, une discussion entre amis. Au cours de cette discussion on énonce tout un ensemble de propositions sans valeurs précises, du type : « X est en vacances, Y est hypocondriaque, il fait beau à Carthage ou nous n’utilisons que dix pour cent de notre cerveau… ». Il n’y a rien dans ces causeries qui vise à une quelconque « révélation ». Verba volant.
La « parole » est d’un autre niveau. La parole vise, elle, une expression, celle du mot.
Sans la parole, son expression, le mot n’est rien qu’un ensemble de lettres qui se suivent dans un ordre bien déterminé. Pour que le mot se révèle, il faut la parole.
La parole est donc une révélation. Le mot se cache et la parole le révèle.
Cette révélation se veut vraie.
Mais que signifie « vérité » ?
En grec, vérité se dit « alètheia ». Etymologiquement nous avons un alpha (a) privatif qui signifie « sans » et lètheia qui se traduit par « léthargie ».
Nous pouvons donc traduire : « hors de la léthargie »
C’est-à-dire, en conscience. En toute lumière, elle est illumination.
Une vérité relative est celle de la causerie. Mais n’est-ce-pas plutôt une vraisemblance, une approche toute inconsciente du vrai ?
La vérité, elle, procède de la parole consciente, éveillée.
La causerie n’a pas de valeur en soi. Elle va, elle vient, elle est fuyante, elle ne fonde rien. Elle est du domaine de l’opinion, rien de plus.
La parole se veut conscience fondatrice, socle à partir duquel la vérité  va se déployer.
L’homme aspire-t-il à la vérité ? C’est à dire à cette conscience illuminante ?
Rien n’est moins sûr !
L’homme veut son confort. Matériel, intellectuel et, pourquoi pas ? spirituel.
A la « Vérité », il préfère sa « petite vérité » personnelle, celle qui ne lui fait pas peur, celle dont l’illumination ne l’aveugle pas.
L’homme est un être qui veut croire plutôt qu’apprendre. Et croire sans risque, sans peine, sans effort.
D’où le succès des doctrines de pacotilles, des sophistes, des gourous qui lui servent une « vérité » toute faite, emballage cadeau en prime.
C’est l’honneur de certains – et je pense ici à tous ces grands penseurs qui nous ont illuminés par leur savoir- d’insister sur le destin tragique mais grandiose qui attend celui qui vise la « Vérité ».
Hélas, ils sont de moins en moins nombreux !

 

 

 

 

 

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Published by Candide - dans Philo
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