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Gilles Deleuze

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15 juin 2008 7 15 /06 /juin /2008 12:30

D’où vient le sentiment de la faute ? Question que se pose Nietzsche. Et il répond : (« Pour une généalogie de la morale » Flammarion. Trad. E. Blondel et Cie) « Le sentiment de la faute… a trouvé son origine… dans la relation entre l’acheteur et le vendeur, entre le créancier et le débiteur… »

Il ajoute qu’établir des prix, estimer des valeurs, concevoir des équivalents est l’objet des premières pensées de l’homme. Qu’il s’agit là de la pensée.

L’homme, poursuit-il est l’être qui mesure les valeurs, c’est un « animal évaluateur en soi ».

La justice, grâce à des compensations,  est une entente entre puissances plus ou moins équivalentes et, s’agissant des moins puissants, la volonté de les y contraindre.

Le criminel est celui qui enfreint les promesses et les contrats vis à vis de l’ensemble.

Mais d’où vient alors la « mauvaise conscience » ?

C’est-  il cite Spinoza - le contraire de la joie, c’est le sentiment de la peur. Et il ajoute :

« Je tiens la mauvaise conscience pour cette maladie grave à laquelle l’homme a dû succomber à la suite de la transformation la plus profonde qu’il ait jamais vécue, - cette transformation qui s’est opéré lorsqu’il se retrouva définitivement captif sous le joug de la société et de la paix. »

Cette mauvaise conscience caractérise « l’homme inhibé ».

Les instincts qui caractérisent l’homme sauvage, nomade, libre se retournent, au sein de la société – et de la société pacifiée - contre l’homme lui même.

Et avec la mauvaise conscience, apparaît ce qui pour notre philosophe est la maladie la plus grave et la plus redoutable : l’homme malade de lui même. L’homme qui refoule ses instincts, ses passions, l’homme qui tente de se polir au contact de la société, de ses semblables et, ce faisant, se châtre.

La soumission de l’homme sans entraves à une forme rigide se fait à travers un Etat conçut comme une « machinerie écrasante et impitoyable » qui met en forme l’homme. Ce n’est pas le contrat qui fonde l’Etat, c’est la volonté  d’une minorité agissante et violente qui soumet les autres. L’Etat, ce sont les maîtres qui ordonnent aux esclaves. 
Une structure de pure domination.

Et ce sont ces « maîtres » qui sèment la graine de la mauvaise conscience et la font germer.

Cette mauvaise conscience est à l’origine de notions contradictoires comme « abnégation de soi », « déni de soi », « sacrifice de soi » dans laquelle l’homme, va trouver – au bout d’un sentiment masochiste – une volupté.

« … c’est la mauvaise conscience, la volonté de se maltraiter qui conditionne la valeur du non-égoïste. »

Nietzsche va encore plus loin. L’idée de Dieu  naît de cette relation entre débiteur et créancier dès lors qu’un groupe réalise qu’il n’a pu subsister que grâce aux sacrifices des ancêtres  et qu’il lui faut payer en retour

A mesure que croît la puissance du groupe (l’Etat), croît également et dans une même mesure la peur de l’ancêtre auquel le groupe est redevable. Plus le groupe est puissant, plus oppressante est la peur et ainsi de suite.

L’ancêtre est, de cette manière, transfiguré en un dieu

D’où naît la conscience d’être en faute contre la divinité.

Et de faire de la divinité le fondement de la morale.

 

Nietzsche est un déconstructeur. Le grand mérite des déconstructeurs est de poser, souvent, les bonne questions, de nous arracher à notre confort intellectuel et de remettre louvrage à plat.. Ces déconstructeurs sont aussi des provocateur et la provocation est le meilleur électrochoc pour la pensée.

Nietzsche est un très grand philosophe. Mal compris, mal aimé, utilisé par les uns, honni par les autres. Il reste encore des pans entiers de sa pensée à découvrir.

 

11.03
 Une note amusante pour terminer, ce croquis de Herman Paul qui illustre un homme maîtrisant son instinct. Exemple à suivre ?...

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Published by Candide - dans Philo
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phedre 25/06/2008 09:53

Maintenant que l'on sait d'où vient la morale, quelle utilité? Dans l'homme, dans l'état, dans la société, voire, pourquoi pas, dans plus loin encore comme dans la nature ou dans le temps. (cf. pouvoirs)

Il ne faudra pas oublié que Nietzsche, en bon "déconstructeur", est a apprehender au lointain, je veux dire qu'il ne devrait pas être penser stricto sensu s'il est effectivement un provocateur.