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29 novembre 2008 6 29 /11 /novembre /2008 15:12
Le professeur Sand.


 M. Shlomo Sand est-il un provocateur ? A en croire le tirage exceptionnel de son livre en Israël, on serait tenté d’écrire que la provocation  fait vendre. Le titre a lui tout seul interpelle : le peuple juif fut inventé !

Professeur à l’Université de Tel-Aviv, historien, M. Sand avoue que sa titularisation académique lui épargne le souci de se voir remercier de l’institution et lui a permis, sans crainte aucune, de mener ses recherches et de les publier sous forme de vulgarisation.

Il avait de quoi s’inquièter, le livre va à contre-courant de l’historiographie officielle en Israël.

Ainsi donc, les juifs sont un « peuple » comme les autres. Un peuple qui se mélange avec ses voisins, migre, fait la guerre, impose aux vaincus sa religion, pratique le prosélytisme jusque tard après la chute de l’Empire Romain d’Occident, incorporant, de ce fait, du sang neuf dans sa composante.

La déportation des juifs, après la destruction du second temple de Jérusalem par Titus en 70 de notre ère ? Un mythe, véhiculé par les chrétiens soucieux de démontrer combien la vindicte de Dieu s’est abattue sur ce peuple « déïcide ».

Après Titus, écrit M. Sand, les juifs sont restés en Judée, plusieurs milliers ont été tués ou réduits en esclavage, mais jamais il n’y eut de « déportation » d’un peuple. Les historiens de l’époque n’en parlent pas et, du reste, les Romains n’étaient pas coutumiers de ce genre de pratique et n’avaient pas l’infrastructure pour le faire.

Le prosélytisme ? Il fut pratiqué sur une large échelle dans tout l’Empire romain et connut un succès non négligeable, à tel point que les Romains, pourtant tolérants en matière religieuse, en prirent ombrage.  Il faut attendre que le christianisme devienne religion d’Etat dans l’Empire pour qu’un frein soit donné à la vague de conversion.

Mais aux marges de l’Empire, le phénomène ne cessa guère. Les Berbères furent juifs avant d’être chrétiens et musulmans, pour M. Sand ils sont les ancêtres des juifs sépharades.

Et qu’advint-il des Judéens après la destruction du second Temple ? Ils restèrent sur place, illustrèrent même une brillante période vers le IIem et IIIem siècle qui perdura malgré les conversions au christianisme et s’éteignit, petit à petit, au moment des invasions musulmanes.

Ces dernières ne marquent pas, comme on le pense à tort, une autre « déportation » voire un anéantissement du peuple de Judée, mais une assimilation aux vainqueurs par conversion progressive à l’islam.

Les descendants des Judéens sont donc, toujours pour M. Sand, les Palestiniens d’aujourd’hui.

Si ce n’est pas provocateur ?...

Et les juifs askhenases ? M. Sand donne force et vigueur à la thèse de l’origine Khazar de cette branche du judaïsme. Les Khazars, tribus huno-turques, composées de nomades, s’établirent, à la suite de Gengis Khan, dans le Caucase où, au IXem siècle, ils adoptèrent le judaïsme. Par la suite, leur puissant royaume demantelé, ils migrèrent vers la Russie et l’Europe Centrale tout en restant fidèles à leur foi.

Comme on le voit, la croyance en un peuple unique, ethniquement « pur », qui traverse les siècles et perdure malgré les persécutions, est mise à mal dans un ouvrage d’où toute polémique est absente.

Il est clair que ce genre d’ouvrage va à l’encontre des thèses ethnocentristes qui sont celles des sionistes ;  ce qui est remarquable, c’est que le livre de M. Sand n’a suscité en Israël que des critiques sur la forme bien plus que sur le fond.

C’est que, et M. Sand insiste sur ce point, ces thèses étaient bien connues des milieux sionistes du 19em et 20em siècle, et plusieurs des partisans du « retour » croyaient que leur parenté religieuse avec les autochtones de la Palestine, favoriserait leur implantation.

Ce furent les évènements, que l’on connaît, qui les firent déchanter et substituer à l’Histoire une mythistoire gommant les faits auxquel M. Sand rend la place qu’il estime la leur.

Le livre de M.Sand a été traduit en français et est publié chez Fayard

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Published by Candide
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commentaires

Sprikritik 11/01/2009 16:02

Comment prendre au sérieux un peuple qui prétend connaitre l'année de la création de l'Univers et en fait la base de son calendrier officiel ?

Phedre 31/12/2008 11:54

il est cependant à remarquer que la déportation des juifs à Babylone permet de retranscrire les premiers livres, donnant par la même occasion un facteur non négligeable de nationnalisation.
Par ailleurs, y a t'il eu des moment dans l'histoire du peuple juif des instants où ils n'étaient plus unis? d

GM 05/12/2008 22:03

Ok, très bien et alors ? Quels sont les intérêts de cette thèse qui n'est pas nouvelle ?