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Gilles Deleuze

"Tout philosophe s'enfuit quand il entend la phrase: on va discuter un peu."
(Qu'est-ce que la philosophie ?)

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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 10:17



Souffrance, Mort et Résurrection, voilà des thèmes qui marquent la période de Pâques.

Abordons-les avec Nietzsche et son sens du tragique qu’il exprime dans « Origine de la tragédie ».

« C’est moi qui ai découvert le tragique, même les Grecs l’ont méconnu. » écrivait Nietzsche en dénonçant la dialectique hégélienne.

Le tragique, ajoute-t-il, n’est pas lié au négatif, il n’y a pas contradiction entre souffrance et vie, fini et infini, destin particulier et esprit universel, mouvement de la contradiction et sa solution.

Le tragique ce n’est pas la contradiction entre l’individuation et l’unité primitive, entre la vie et la souffrance car cette contradiction est témoignage contre la vie, la met en accusation et fait que la vie a besoin d’être justifiée. Or, la vie est et rien d’autre dans l’unité de son être.

Et il prend comme exemple Appolon qui « triomphe de la souffrance de l’individu par la gloire radieuse dont il environne l’éternité de l’apparence ; il efface la douleur » (« Originie de la tragédie.»)

 Mais cette « gloire radieuse » n’est qu’apparence ; apparence de l’apparence.

Appolon comme Christ grec !

A ce Dieu, il oppose Dionysos qui lui, retourne à l’unité primitive, il n’efface pas la douleur mais brise l’individu et l’entraîne dans un tourbillon cathartique vers l’être originel. La douleur de l’individuation est sublimée par le plaisir orgasmique de l’abondance de l’être.

Dionysos est un Dieu souffrant et glorifié qui offre au spectateur ses souffrances afin que ses derniers le reconnaisse comme maître.  Dionysos est l’affirmateur de ce qui est et non  pas son apparence.

Au contraire de Dionysos, Appolon est consolateur, la tragédie, chez lui, devient drame,  expulsion d’un trop-plein d’être.

Reproduire la contradiction originelle, sa solution, l’expression de cette dernière, voilà la tragédie. « Reconnaître dans la douleur éternelle sa propre douleur » (« O.T »).

La vie, à travers ces douleurs, est non pas justifiée mais affirmée. Demeter, la mère de Dionysos, après la mort de son enfant, apprend qu’elle pourra à nouveau enfanter, cette nouvelle naissance, cependant, est la fin de l’individuation et ainsi se réalise : « …l’individu transformé en un être impersonnel supérieur à la personne… voilà ce que propose la tragédie. » (« O.T »)

La tragédie n’est que l’affirmation de la vie, pas sa justification, elle est fille de l’instinct qui la crée à son image au grand dam de la conscience critique. La tragédie s’oppose à la décadence vers laquelle nous entraîne la spéculation dialectique de la conscience.

Le parangon de cette spéculation dialectique, c’est Socrate, « homme théorique » , le contraire de l’homme tragique !

Chez le Christ comme chez Dionysos, la passion est la même, continue notre philosophe, mais, tempère-t-il, en sens opposé.

Dionysos justifie la souffrance par la vie, Christ accuse la vie par la souffrance  et témoigne contre elle. Pour le Christ, la vie doit être justifiée et elle le sera par sa Passion. C’est ce que Nietzsche appelle la « mauvaise conscience ».  Et il poursuit : « …la joie chrétienne est de résoudre la douleur… » alors que : « l’existence semble assez sainte par elle-même pour justifier par surcroît une immensité de  souffrance. »

A-t-il raison ?

Nietzsche, c’est là mon opinion, est un immense philosophe et un hellèniste hors-pair. Je ne crois pas, cependant, qu’il ait lu les textes fondateurs du christianisme et les Evangiles en grec. Il aurait sûrement remarqué qu’il n’est pas question dans le texte byzantin de « victoire » (nikè) sur la mort, mais de relèvement » (anistèmi). Christ se relève (Christos anesti),  visite ceux qui sont dans les tombeaux (tis en tis mnimasin) et  leur offre la vie ( zoïn charisamenos). La vie au sein de la mort, la mort au sein de la vie. Où est la contradiction ?

Niezsche, j’en suis sûr, aurait perçu les aspects éminements dionysiaques du christianisme évangélique, celui d’avant les Pères de l’Eglise.

La violence, la haine, la mort sont dans la vie comme l’amour et la compassion.« …la joie chrétienne est de résoudre la douleur… » alors que : « l’existence semble assez sainte par elle-même pour justifier par surcroît une immensité de  souffrance. »,
A tous je souhaite une fête de Pâques fertile et heureuse.

 

cfr: Gilles Deleuze: "Nietzsche et la philosophie."

 

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Published by Candide
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commentaires

Meba 30/06/2009 23:27

Superbe article, merci. Et je suis assez d'accord.

Si le coeur vous en dit vous êtes le bienvenu sur notre nouveau forum, ou nous pourrons à loisir développer ces sujets.

Bien à vous.