Cela en devient une litanie: avant-hier les Etats-Unis, hier l'Irlande, aujourd'hui l'Allemagne, demain le Brésil et après-demain l'Autriche.
Et le Siège Pontifical, lui même, éclaboussé !
Je me réjouis, bien sûr !que la lumière soit faite sur les abus qu'ont subi des enfants de la part de prêtres catholiques dévoyés.
Si j'estime que cette catharsis que s'impose le clergé est salutaire et nécessaire, si je trouve, comme bien d'autres, qu'elle arrive un peu tard et qu'elle ne souffre d'aucune excuse, d'aucune
circonstance atténuante, je me pose toutefois quelques questions.
D'abord, cette lente succession dans le temps. Dès qu'un scandale est révélé, en arrive un autre, puis encore un, à croire que ces derniers, qui sont parfois
anciens, se retrouvent au grand jour de manière à donner à l'opinion l'impression que ces crimes sont permanents et d'exécution courante.
Ce qui permet toutes les outrances des commentateurs, certains affirmant même que les actes de pédophilie des prêtres catholiques sont si nombreux qu'ils ne
constituent pas une exception dans l'Eglise catholique .
Généralisation honteuse et diffamatoire !
Alors, je me pose une question: à qui profite cette procédure qui fait durer dans le temps la turpitude de l'Eglise romaine ?
Qui a intérêt à perpétuer la déstabilisation de cette antique institution ?
Avant de répondre, je voudrais rappeler que l'Eglise de Rome rassemble la majorité des chrétiens de par le monde et que son influence en Amérique du Sud, en
Afrique et en Europe est encore énorme.
Ce qui est bien normal, elle est partie prenante de l'histoire de la civilisation occidentale. On peut l'aimer ou non, on ne peut cependant dénier le rôle qu'elle a
joué dans la genèse de notre pensée.
Elle a surmonté des crises majeures, celle de la Réforme par exemple, qu'elle a jugulée péniblement mais durablement.
Elle professe dans des matières sociales et éthiques des positions qui vont contre « l'air du temps », ses positons tranchées, de par sa doctrine rigoureuse,
heurtent un laxisme moral et un individualisme exacerbé que prône une certaine société civile. Elle déplaît à pas mal de gens qui voudraient qu'elle « évolue », qu'elle se « modernise », qu'elle
s'intègre dans la société contemporaine.
Cette position intransigeante peut amener certains de ses détracteurs à, sans cesse, mettre en relief ses fautes présentes et passées. Et gommer tout son apport
constructif dans notre civilisation.
A taire ses réelles revendications dans le domaine social, comme sa condamnation du libéralisme économique au détriment des plus pauvres, et sa dénonciation du
matérialisme roi qui préside à nos sociétés de consommation.
Et qui sont ses détracteurs ?
Précisément, ceux-là même qui croient en ce que je viens de dénoncer plus haut, et en font leur credo quotidien.
Et qui instrumentalisent, pour leur propre profit, les abus dont ces enfants furent victimes.
C'est ce que j'appelle un détournement.
Imaginons un instant que l'Eglise catholique soit gravement perturbée par tout ce qui précède, qu'elle vacille sur son socle, et même qu'elle se délite gravement.
Qui la remplacera ?
Car, qu'on le veuille ou non, une croyance est peut-être « l'opium du peuple », elle est aussi « le soupirs des opprimés », comme l'ajoutait Karl Marx dans cette
phrase dont la postérité n'a retenu que la première partie.
Bien sûr, un homme cultivé peut se ressourcer chez les philosophes, les sages du bouddhisme ou édifier sa propre spiritualité, « horizontale » comme il se plaît à
le dire.
Mais pour les autres, les paysans du Brésil exploités par les propriétaires terriens, ceux d'Afrique frappés par des sécheresses, conséquence de la pollution des
pays industrialisés, les pêcheurs ruinés par les bateaux usines opérant en dehors des eaux territoriales, et bien d'autres, que reste-t-il ? Le stoïcisme, le bouddhisme tibétain ou la méditation
transcendantale sont des luxes pour gens riches.
Veut-on que les gourous des sectes prennent la place des curés de terrain, sinon de combat ?
Ou que des « missionnaires » nord-américains, pseudo-chrétiens évangéliques, leur prêchent un manichéisme réducteur du type: la pauvreté est la conséquence de
vos péchés, repentez-vous et tout ira mieux, alleluia ?
Ce sont ces derniers qui veulent rafler la mise au bout de l'affaiblissement de la vieille institution romaine. Ils sont les vecteurs pseudo-spirituels du
libéralisme le plus déchaîné.
Et ce dernier est la doctrine de la la puissance économique et financière des Etats-Unis dont le calvinisme, déformé en évangélisme réducteur, souhaite prendre la
place des curés et répandre la bonne nouvelle de la "pax americana"..
Toute exploitation d'un fait susceptible de saper l'autorité morale de son « concurrent » romain est bon à prendre et à exploiter, jusqu'à la lie !
Mes amis, je ne suis pas catholique, j'ai souvent exprimé des critiques sur les manière de dire et faire de cette Eglise. Mais je n'ignore pas qu'elle est composée
d'hommes de chair et de sang, des hommes qui s'appellent Borgia, mais aussi François d'Assise ou Vincent de Paul, d' hommes dégénérés qui salissent l'innocence, et d'autres qui soulagent la
misère, à l'instar de Pierre, le saint abbé, ou Thérésa, la mère compatissante.
Que ces êtres exemplaires soient chamboulés par quelques brailleurs d'alleluiâneries serait une régression lamentable dans ce qui doit rester, envers et
contre tous, la communion des vivants.
Restons vigilants face à l'instrumentalisation dont Rome est la cible. Condamnons de toute nos forces et avec une juste et légitime indignation les exactions
épouvantables qui se dévoilent sous nos yeux.
Mais ne hurlons pas avec les loups, ne nous faisons pas instrumentaliser, gardons notre esprit critique.
Il faut sauver le soldat Benoît !
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