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Gilles Deleuze

"Tout philosophe s'enfuit quand il entend la phrase: on va discuter un peu."
(Qu'est-ce que la philosophie ?)

Samedi 23 octobre 2010 6 23 /10 /Oct /2010 11:08

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C’est Nietzsche qui l’écrit dans « Généalogie de la morale » : « L’homme est méchant, mais la femme est mauvaise », pour conclure quelques pages plus tard : « L’homme est quelque chose qu’il faut surmonter ».
Il se pose aussi la question du mal : pourquoi ressent-on, le mal ? parce qu’il véhicule un sentiment de culpabilité et de honte, générateurs de « mauvaise conscience ». Et le philosophe de conclure : surmontons ces sentiments !
Nietzsche est le premier des déconstructionistes, il va décortiquer le pourquoi du bien et du mal, pour tenter d’aller « au-delà du bien et du mal ». Il y a bien, parce qu’il y a « bonne conscience », mais pourquoi y-a-t-il bonne conscience ? Parce que l’autorité nous conforte dans cette conscience qui n’est, somme toute, qu’une impression ou, mieux dit encore par Foucault, un « nihil obstat » du pouvoir. Bien et mal ne seraient, en définitive que contingent au pouvoir et à sa domination.
Mais laissons de côté les philosphes et penchons-nous sur la Genèse. On y lit (dans ce texte assez obscur, fait de la conjonction de deux ou trois écrits inspirés, sans doute aucun, par un quatrième d’origine mésopotamienne : « L’épopée de Gilgamesh »), que Dieu interdit à Adam et Eve de goûter aux fruits de l’arbre de la connaissace. Ils passent outre, et ils sont chassés du Paradis. Tout le monde connaît l’histoire.
Ce qui se passe après est révélateur. Dieu ne coupe pas le contact. Il va jusqu'à leur confectionner lui-même des vêtements de peaux pour cacher leur nudité. Plus loin, lors du meurtre d’Abel par son frère Caïn, à ce dernier qui craint d’être tué en représailles, Dieu l’assure que ceux qui lui feraient du mal seraient maudits durant sept génération. Curieuse protection.
En fait, la donne change dès le départ du jardin d’Eden. Dieu et ses créatures ne sont plus sur un plan vertical mais bien horizontal. L’homme qui a goûté au fruit défendu est bien, comme le lui promettait le serpent, l’égal (ou presque, il n’a pas goûté à « l’arbre de vie ») de Dieu. Ils communiquent, l’un et l’autre, sur le même plan. Dieu est un référent et rien d’autre. Il le comprend parfaitement et l’admet. Les kabbalistes diront, plus tard, qu’il s’est retiré, ne laissant plus au monde que sa fragrance, comme un vase brisé retient dans ses débris l’odeur du parfum qu’il a contenu. Belle image !
D’où la relativité de la morale, la frontière parfois ténue entre le bien et le mal. L’ordonnateur de la morale est l’homme lui-même, et cette dernière il va la faire reposer sur des « commandements » divins. Dieu n’est qu’une référence.
Mais quelle référence ! Il est l’Ordonnateur suprême, l’Omniscient, le Tout puissant. Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer rien que pour remplir ce rôle.
Dans un remarquable livre intitulé « Dieu, une biographie », l’Américain Jack Miles (un spécialiste des langues anciennes) se livre à ce qui est une première analyse littéraire du corpus biblique et la conclusion qui s’impose au bout de cette étude est que Dieu, en fait, ne sait pas ce qu’il veut, ni ce ce que l’homme peut vraiment. Les relations entre les deux sont confuses, faites de quiproquos et de malentendus. Le comble est atteint dans le Livre de Job, véritable entrelacs de mauvaise foi quasi sadique entre Job et Dieu.
En fait, Dieu voit en l’homme un miroir (« Il le fit à son image ») mais un miroir déformé par le péché originel lequel, loin de déchoir l’homme, lui donne sa véritable identité, ce que Dieu n’admet pas de gaîté de coeur.
L’homme, par le péché n’est pas déchu, mais promu au rang de « respons-able », celui qui peut donner une réponse. Il n’y a plus de mono-logue paradisiaque, mais un dia-logue où s’affrontent la volonté de l’un et celle de l’autre.
Les chrétiens vont résoudre cette dualité en faisant de Dieu un homme dans la personne du Christ, ce faisant ils en arrivent à une schizophrénie absolue, déchirés qu’ils sont et restent entre l’Absolu et le relatif auquel ils savent pertinement qu’ils sont partie mais aussi genèse. Sans l’homme, goûteur du fruit défendu, pas de relatif ! Dieu est l’Absolu, l’homme est créateur du relatif !
Restons-en là, voulez-vous. Que conclure de ce qui précède, sinon qu’aucune morale, aucun commandement n’est absolu. Seule compte l’adéquation de notre conscience à nos actes. Sans tomber dans un relativisme total, générateur d’excès parfois criminels (Un Fourniret pourrait parfaitement plaider l’adéquation de ses actes à sa conscience, comprise dans le sens de savoir ce qu’il fait), relevons que ce n’est pas l’adéquation des actes à une morale, toujours contingente, qui fait l’homme, ce n’est pas non plus la fidélité à des principes dont la genèse est souvent psychologique et inspirée par le pouvoir dominant, l’homme n’a de morale vraie que celle qu’il se donne au sein de la communion des vivants.
Très difficile à mettre en pratique, car supposant un ego pensant et pensant sans cesse.
D’où la tentation de s’en remettre à l’autre. Le « Grand Autre », comme l’appelle Lacan.
Seulement voilà, il n’y a pas de « Grand Autre », car ce dernier ne souhaite plus l’être. Reste l’homme dans cette misérable relativité qui fait, sans qu’il s’en rende compte, sa grandeur intime.
Et si Nietzsche avait raison ?
L’homme est quelque chose qui doit être surmonté !

 

 

 

photo: copyright Alexis Mélissas (alexismelissas.com)

Par Candide
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