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"Tout philosophe s'enfuit quand il entend la phrase: on va discuter un peu."
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11 février 2010 4 11 /02 /février /2010 14:15

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Madame Badinter est psychanalyste avant d'être philosophe, mais peu importe, il y a chez elle comme un mal vivre dans sa condition de femme et je ne suis pas compétent pour lui donner conseil.

Madame Badinter a publié, voici quelques années, un livre intéressant ( XY, en 1992) sur l'identité sexuelle masculine et soulignait que, pour la petite fille, son sexe est acquis, alors que pour le jeune garçon, son sexe est toujours à confirmer. La remontrance régulière étant: si tu  ne fais pas ceci, tu ne seras pas un homme... ne fais pas cela, c'est seulement les filles qui le font, et ainsi de suite.

D'où, chez l'homme un malaise qui peut s'installer et perdurer quant à l'identité exacte de son sexe.

Dans son dernier opus*, la voici qui s'en prend à la maternité, considérée comme aliénante, forçant la femme à rester à la maison pour s'occuper du nouveau-né. Elle dénonce l'ostracisme qui frappe une femme qui dénie son instinct maternel et critique durement cette « révolution silencieuse » qui rend la maternité et la féminité indissociable, naturelles et, somme toute actuelles dans un contexte de retour à l'écologie. Pour Madame Badinter, mère de trois enfants,il n'y a pas d'instinct maternel.

Dans la foulée elle s'en prend au supposé devoir d'allaitement, également aliénant, car la mère doit être « à la disposition » de son enfant, et dénonce l'attitude qui consiste à affirmer que la nature est bonne et que donc, tout ce qui va à l'encontre de la nature, est mauvais a priori.

Ainsi, les couches culottes qui sont composées de matières synthétiques polluent l'environnement, mais allègent considérablement le travail de la femme en lui permettant de les jeter plutôt que de les laver. Il est donc normal que la nature s'efface devant le confort de la femme.

Et ainsi de suite…

Je ne suis pas psychanalyste, mais je constate que la majorité des femmes veulent au moins un enfant, et quand on leur demande pourquoi elles répondent : « ben, c'est comme ça... ». C'est un ressenti, un besoin, un instinct, appelez cela comme vous le voulez.

L'instinct, c'est pas que les animaux, c'est pas quelque chose de dévalorisant, cela fait partie de notre nature, comme l'instinct de vie et de mort que la psychanalyste Badinter doit tutoyer tous les jours.

De plus, une femme est physiologiquement programmée pour avoir des enfants. J'imagine que cela ne doit pas être drôle des menstrues tous les mois, mais, que voulez-vous ? C'est comme ça.

Si une femme a des seins, c'est, en première instance, pour allaiter son enfant, là aussi, cela va de soi. Et tout le reste du corps de la femme est fait en fonction d'une maternité programmée.

Que des femmes soient moins réceptivesque d’autres à l'annonce de la maternité, je puis le comprendre, mais qu'elle ne vienne pas prêcher que la maternité n'est pas une facette de la féminité, que donner la vie a des enfants et les élever sont des tâches aliénante, qu’une femme « féminine » doit réduire au strict minimum.

Je n'aime pas les arguments personnels, mais, quand même, c'est facile, d'être une des plus grosses fortunes de France, de pouvoir  se payer des domestiques et des précepteurs qui se chargent de la maisonnée et des enfants qui s'y trouvent, et puis d'écrire, en étalant sa science, que la femme est faite pour tout autre chose que « ça », et que la nature n'a qu'à reprendre la place qui est la sienne: au service des hommes, et non pas le contraire.

Je ne crois pas que beaucoup de femmes se reconnaitront dans la prose de Madame Badinter. 

Non, la maternité n'est pas aliénante, l'éducation d'un enfant encore moins ! Je tremble à l'idée que, demain, les femmes en Europe, dont le taux de fertilité est particulièrement bas, fassent leurs les thèses de notre psychanalyste. Nous irions où ? La vie, que je sache, et jusqu'à nouvel ordre, se transmet par les femmes et par leur ventre.

A moins qu'elles ne veuillent, à l'instar de quelque docteur Folamour, réduire la conception et la maternité à une opération réservée aux laboratoires, dont le corps serait étranger à ce processus.

Quelque spermatozoïdes, un ovule, des éprouvettes, de la chimie et le tour est joué.

Il y a comme un « petit détail » dont Madame Badinter ne parle pas: l'amour !

Car la procréation, c'est aussi le résultat de l'amour, que je sache. C'est aussi une manière comme une autre de pérenniser cet amour à travers le temps.

Je n'ai pas l'impression que Madame Badinter ait abordé cet aspect des choses.

L'amour, pour elle, est sans doute aussi « aliénant. »

 

 

* Le Conflit, la femme et la mère. Flammarion, 269 p., 18 euros. 

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commentaires

Emmanuelle Toulouse 03/03/2010 14:27


J'admire le courage de Mme Badinter d'oser ENFIN dire tout haut ce que tant de femmes pensent tout bas... Maman d'un petit garçon de 14 mois, j'ai terminé d'écrire un ouvrage il y a presque un an,
traitant d'un problème que (à ma grande surprise) tout le monde semble ignorer (mis à part les spectateurs de l'humoriste Florence Foresti et de ses producteurs !), à savoir cette culpabilité qu'on
inflige aux femmes, aux nouvelles mères, alors qu'elles enfantent. C'est simple : de nos jours nous n'avons plus le droit d'avoir détesté accoucher ! C'est une honte, et celles qui n'affirment pas
que c'était "le plus beau jour de leur vie" sont cataloguées "mauvaises mères" ou "mères indignes" !
Mais enfin, QUI a prouvé qu'une femme ayant détesté enfanter est forcément une mauvaise mère ? Le fait d'avoir un accouchement éprouvant n'enlève en rien l'attachement maternel, l'amour profond
qu'on peut ressentir au moment où l'on croise les yeux de notre enfant pour la première fois. Et inversement, je ne pense pas que l'instinct maternel de certaines mères arrive plus vite parce que
leur accouchement a été idyllique ! Il faudrait une fois pour toutes cesser de véhiculer ces clichés...

Mon ouvrage ne trouve pas d'éditeur car ce sujet est totalement tabou, alors même que Melle Foresti remplit des sales avec un spectacle traitant EXACTEMENT du même thème ! Cela revient à dire que
sur le ton de l'humour on peut TOUT A FAIT oser dire que "c'est nul de donner la vie, que ça fait mal, que c'est difficile" (je ne parle même pas de la grossesse...), mais de façon sérieuse,
détaillée, argumentée, avec des mots simples et sincères écrits noir sur blanc, sans défaitisme, sans rancune, alors cela devient "interdit".

Expliquez-moi : POURQUOI cette autocensure de la part des médias, de la presse, des maisons d'édition ? Pourquoi mon ouvrage intitulé "Donner la vie c'est merveilleux... quoique !" a t-il reçu, de
la part de FEMMES éditrices, des refus agrémentés de petits mots manuscrits les disant "choquées" ou "agacées" ?

Depuis quelques mois je me suis résolue : je ne serai sans doute jamais publiée avec cet ouvrage sincère et intimiste, pourtant pas fataliste ni défaitiste. Cette preuve d'amour dédiée à mes
hommes, mon conjoint et mon fils, ce "guide pratique" à destination des futurs parents ne sera jamais publié parce que ce que je dis dedans est perçu comme « choquant ».

Moi ce qui me choque ce sont les gens (et les femmes) qui ne comprennent pas de quoi parle Mme Badinter, que je soutiens de toutes mes forces.


Charles Fontreuil 22/02/2010 16:09


Bravo ! Voilà un article courageux qui tranche avec la déférence que l'on lit trop souvent à propos d'Elisabeth Badinter, dont la pensée - faussement généreuse et militante - me révulse. Je suis un
homme et pense comme vous.
J'en parle sur mon blog.


véronique 11/02/2010 21:15


Je ne crois pas que Mme Badinter ait voulu présenter la maternité comme aliénante. Je pense qu'elle veut nous faire réfléchir sur la façon dont la société aujourd'hui parle de la maternité: les
femmes qui devraient rester au foyer pour s'occuper de leurs enfants, et tout le reste ...Tous ces discours ont une origine politique, du moins est ce mon avis et cela n'arrive pas à n'importe quel
moment de l'histoire de notre société . A nous de rester attentifs et objectifs pour ne pas perdre des acquis qui ne nous mettent même pas encore à égalité entre hommes et femmes.Une chose me
parait essentielle, c'est que l'on laisse à chaque femme la liberté de son choix quelqu'il soit, avec ou sans enfant, sans toujours la culpabiliser, ou l'instrumentaliser comme savent le faire les
politiques et parfois les religions