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Gilles Deleuze

"Tout philosophe s'enfuit quand il entend la phrase: on va discuter un peu."
(Qu'est-ce que la philosophie ?)

Lundi 15 août 2011 1 15 /08 /Août /2011 07:30

Vierge-Marie.jpg

 

Dans le monde des réalités sensibles l'histoire aurait pu être celle-ci. Marie, une jeune palestinienne de 12 ou 13 ans, est visitée par l'ange Gabriel qui la salue, l'assure qu'elle est « keharitoomenè » (toute favorisée) et lui annonce qu'elle est enceinte. Marie, depuis son enfance, est promise à un charpentier de Nazareth, Joseph. C'est une coutume ancestrale que de promettre une fille dès sa naissance. Un mois après les premières menstrues, elle est mariée. L'histoire ne nous dit pas non plus si Marie sera la première épouse de Joseph, les juifs sont polygames ne l'oublions pas.

Quand l'ange lui révèle sa grossesse, Marie est impressionnée : comment pourrais-je être enceinte, moi qui n'ai point connu d'homme ? L'ange ne se démonte pas :un souffle saint viendra sur toi et une force du Très-Haut te couvrira d'ombre. C'est pourquoi celui qui va naître est saint et sera appelé fils de Dieu (trad . Pascale Mounier et Pierre Létourneau).

Figure archétypale de la vierge-mère,voyons comment Marie,  mère de Dieu , occupe cette place privilégiée.

Dans le monde profane, les vierges ne sont jamais enceintes, les morts ne ressuscitent pas et si les malades guérissent, c'est grâce aux médecins. La réalité quand elle est sensible, ne souffre aucune exception.

Les textes sacrés ne sont pas historiques, ils ne déroulent pas dans l'espace et le temps un récit linéaire. Ils illustrent une réalité qui dépasse les sens ordinaires et se tient dans un « présent éternel ». Ils procèdent du « monde imaginal »

C'est le philosophe et islamisant Henri Corbin qui a développé ce concept, qu'il décrit comme suit :

 La fonction du mundus imaginalis et des Formes imaginales se définit par leur situation médiane et médiatrice entre le monde intelligible et le monde sensible. D’une part, elle immatérialise les Formes sensibles, d’autre part, elle « imaginalise » les formes intelligibles auxquelles elle donne figure et dimension. Le monde imaginal symbolise d’une part avec les Formes sensibles, d’autre part avec les Formes intelligibles. C’est cette situation médiane qui d’emblée impose à la puissance imaginative une discipline impensable là où elle s’est dégradée en « fantaisie », ne secrétant que de l’imaginaire, de l’irréel, et capable de tous les dévergondages. 

Les paroles de l'ange se déclinent sur ce mode. Le souffle et l'ombre font référence à cette descente par palier de la lumière divine, monde après monde. Marie, à travers l'Annonciation, donne sa figure et sa dimension à la forme intelligible de la vierge-mère qui donne naissance à l'homme-Dieu.

Homme-Dieu et Vierge-Mère, indissolublement lié dans un monde qui n'est ni celui empirique des sens, ni le monde abstrait de l'intellect. Marie est l'image de l'incarnation de l'absolu dans le relatif, de la transcendance dans l'immanence.

La sublime réponse de Marie est à la mesure de la gloire qui l'attend : vois, (je suis) la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon ta parole.

Elle ne pose plus de « pourquoi ? », ni de « comment ? », elle n'est pas Moïse qui dans son dialogue avec le buisson ardent veut avoir le dernier mot. Elle est « soumise », les musulmans ne s'y tromperont pas. Le Coran lui consacre une sourate.

Marie, médiatrice entre le ciel et la terre, entre Dieu et les hommes, trait qui relie le relatif à l'absolu. Figure parfaite de la mère et son enfant.

Elle est, en ce quinze août, au moment où la mère-terre nous offre à profusion ses fruits les plus mûrs, le fruit immaculé de la création divine. Annonciatrice, elle est déjà ce que nous sommes en puissance.

Femme porteuse de Dieu (theotokos), elle devient à elle seule la « gloire qui convient à Dieu », l'ornement de Sa création, la transfiguration annoncée de l'humanité.

Le culte marial nous est proche précisément par cette humanité arrachée à l'immanence. Elle est l'image de la créature réintégrée dans son état édénique, la promesse de l'éternité heureuse dans la communion avec Dieu.

toutes les génération m'appelleront l'Heureuse... (Luc. 1.48)

 

Par Candide
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Commentaires

Incroyable ! Je découvre dans un blog "philosophique" un post sur l'imaginal.
Je me permets de signaler un ensemble d'articles écrits par mon collaborateur sur le sujet de la religion dont certains parlent longuement de l'imaginal :
http://clarte.eu.com/petiteperfection/theoscopie/sommetheoscopiqueS/sommetheoscopique.htm
Je pourrai vous donner un mot de passe si vous le souhaitez.
Nous avons également développé toute une méthode permettant de développer un imaginal personnel (après résorption de tous les archétypes de la sphère psychologique), en lien bien sûr avec les différents monde imaginaux des diverses traditions.
De plus, je ne sais pas si vous connaissez le bouddhisme tibétain (sans doute pas trop...), mais le développement de la sphère imaginale est une étape fondamentale de la pratique. Contrairement à ce qu'on raconte, la vacuité n'est pas un néant, mais la source de tous les phénomènes, qui s'échelonnent du nirvana au samsara.
Commentaire n°1 posté par Ry le 30/12/2011 à 19h43
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