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Gilles Deleuze

"Tout philosophe s'enfuit quand il entend la phrase: on va discuter un peu."
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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 09:21

En 1927, paraît « La crise du monde moderne ». Guénon y développe ses raisons de ne croire ni à la légitimité, ni à la cohérence de ce que nous avons coutume d'appeler «  nos valeurs ». L'humanisme, le laïcisme, l'égalité, la parité, toutes ces notions qui fondent notre quotidien sont passées au crible et réduites à, ce que selon Guénon, elles doivent être : une suite de sophismes suggérés sinon imposés.

De Guénon il y a beaucoup à dire et critiquer, il n'en reste pas moins que cet essai n'a pas pris une ride, les événements qui se sont succédés depuis ont malheureusement donné raison à un penseur qu'il nous faut encore (re)découvrir.
En cette période électorale où nous sommes tous, sans exception, courtisés avec outrance par les pouvoirs, relisons ces lignes.

Extrait :

 

guenon-égypte

Guénon en Egypte, vers la fin de sa vie

 

« Si l'on définit la « démocratie » comme le gouvernement du peuple par lui-même, c'est là une véritable impossibilité, une chose qui ne peut pas même avoir une simple existence de fait, pas plus à notre époque qu'à n'importe quel  sautre ; il ne faut pas se laisser duper par les mots, et il est contradictoire d'admettre que les mêmes hommes puissent être à la fois gouvernants et gouvernés, parce que, pour employer le langage aristotélicien, un même titre ne peut être « en acte » et « en puissance » en même temps et sous le même rapport. Il y a là une relation qui suppose nécessairement deux termes en présences ; il ne pourrait y avoir de gouvernés s'il n'y avait aussi des gouvernants, fussent-ils illégitimes et sans autre droit au pouvoir que celui qu'ils se sont attribués à eux-mêmes ; mais la grande habilité des dirigeants, dans le monde moderne, est de faire croire au peuple qu'il se gouverne lui-même ; et le peuple se laisse persuader d'autant plus volontiers qu'il en est flatté et que d'ailleurs il est incapable de réfléchir assez pour voir ce qu'il y a là d'impossible. C’est pour créer cette illusion qu'on a inventé le « suffrage universel » : c'est l'opinion de la majorité qui est supposée faire la loi ; mais ce dont on ne s'aperçoit pas, c'est que l'opinion est quelque chose que l'on peut très facilement diriger et modifier ; on peut toujours, à l'aide de suggestions appropriées, y pourvoir des courants allant dans tel ou tel sens déterminé ; nous ne savons plus qui a parlé de « fabriquer l'opinion », et cette expression est tout à fait juste, bien qu'il faille être dire, d'ailleurs que ce ne sont pas toujours les dirigeants apparents qui ont en réalité à leur disposition les moyens nécessaires pour donner ce résultat. »

 

(René Guénon : La crise du monde moderne, p.131. Folio Essais)


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Published by Candide
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Vertuchoux 05/05/2014 19:14

Je n’ai jamais lu Guénon. J’ai simplement lu ce texte.
Qui n’a pas écrit sur la démocratie ?
Voici donc le commentaire et la contribution de Vertuchoux sur l’idée du peuple, de la démocratie…
Vertuchoux croit en la démocratie, invisible au plan des institutions d’allure aristocratique, en tant que système d’organisation sociale en action, dans notre beau pays. La démocratie, c’est quand
le peuple met en place ce qu’il veut pour être … zut, j’allais reprendre une aberration dans le choix des mots parce que j’allais dire « gouverné ». C’est vrai que ce mot m’est devenu
insupportable. L’origine nautique du mot implique qu’une orientation soit décidée, et que l’art de la navigation permette à l’initié d’y conduire le navire. Rien là dedans ne laisse supposer qu’il
s’agisse d’un pouvoir en tant que finalité dernière. Le pouvoir ici est plutôt un savoir (comment), et l’équipage dans sa quasi intégralité apporte sa part dans une intention clairement définie,
sauf lorsque c’est le fouet, outil de la dictature, qui est le moteur principal…
Ce terme de pouvoir est admis, et renforcé par ceux qui en ont le plus besoin. Ceux qui en ont le plus besoin sont les gens du peuple. Mais attention, ils en ont besoin pour affirmer leur position
préférentielle dans la vie : la position de victime. C’est donc d’un pouvoir qui s’opposerait à eux qu’ils parlent, et dont surtout ils ont besoin.
Je ne me lance pas dans une démonstration qui viserait à substituer le mot « devoir » au mot « pouvoir ». D’autres l’ont fait, et c’est sans étonnement que je constate que ça ne change rien. Si
rien ne change, c’est simplement parce que le peuple a un intérêt dont il reste à montrer l’évidence. Attention, cette évidence est de l’ordre de la réflexion, donc je préviens que la puissance de
la réflexion ne faisant pas le poids contre la force du sophisme que mettra en place la dissonance cognitive issue de ce développement, un effet magique va se produire : dès que j’aurai fini
d’écrire, vous aurez oublié ce que vous venez de lire, et votre intérêt se portera presque naturellement sur des centres d’intérêt bien plus importants, tels que le centimètre de plus qui vient de
repousser encore les limites de la puissance humaine en matière de saut à la perche.
Je me lance.
Il vaut mieux être victime qu’auteur de l’organisation collective.
D’abord, nous ne serions pas certains que tout le monde apporte sa part. Alors pourquoi moi et pas lui ? Profiteur, va !
Ensuite, nous avons la chorale le mardi soir, le foot le mercredi, l’apéro le jeudi, la promenade du chien le vendredi, les courses le samedi, la messe le dimanche, et la BMW à astiquer le lundi.
Il reste quoi pour s’occuper de la chose publique ? Il reste quoi pour investir au bénéfice de tous quand les journées ne comportent pas assez d’heures pour m’occuper de ce magnifique moi ? En
l’occurrence, parole d’honneur, ces deux derniers mots me caractérisent excellemment.
Actuellement, d’autres vont faire profession d’apporter leur part. Il suffit de voter. Apparemment, il faudrait multiplier les élections et inventer de nouveaux mandats, ce qui laisse une belle
espérance de croissance pour les avides de pouvoir qui ont compris que faire profession du pouvoir était le plus juteux des investissements. Manifestement, voter si peu ne suffit pas à calmer la
conscience citoyenne du peuple, enfin, de l’encore majorité de ceux qui font semblant d’en avoir une, puisque naissent des associations (allez on va encore dire que je m’attaque aux Citoyens
Constituants…) de gens qui n’en peuvent mais de ce système dépravé, qui réclament une plus large contribution populaire, qui consacrent pratiquement l’intégralité de leur énergie en la matière,
résumée à maximum 20 minutes par mois, uniquement dans la rédaction d’articles, commentaires, qui répondent à un travail déjà tout fait, y rajoutent une idée qu’ils croient géniale et originale et
pourtant développée par un semblable il y a quelques temps, mais ils ont une excuse : ils ne l’ont pas lue. Pas le temps de lire les milliers de savantes propositions de milliers de réformateurs.
Pas l’occasion non plus de lire les comptes rendus des actions menées, qui si l’on en juge par tout ce qui est écrit devraient être colossales : il n’y en a pas. Peu importe. Le but n’est pas de
changer le système, mais de se faire croire qu’on contribue à cette intention, qu’on a une vraie conscience citoyenne, engagée, altruiste, et que quoi qu’il en soit, nous sommes de toute façon
victimes du système.
En matière de communication, nous savons depuis des lustres que le langage se divise en deux formes : verbal et non verbal.
L’être humain authentique, autonome, est celui dont le langage non verbal confirme le langage verbal. La raison en est que le langage verbal est autant celui de la vérité que du mensonge, alors que
le langage non verbal n’est que celui de la vérité. Et puis il y a le tricheur, qui dit blanc et qui fait noir. Il ment aux autres, il ment à lui-même, et personne n’est dupe. Dans cette dynamique,
l’être humain authentique est autant admiré que haï. Il doit faire un choix et le choix se fait donc sur la question : « qu’est-ce que je veux voir dans mon miroir ? ». Ne vous effrayez pas, Zeus
merci, il existe dans le commerce des miroirs qui ne reflètent que le maquillage de celui qui les regarde.
Le langage non verbal du peuple est le fait de voter. Voter, c’est jouer le jeu, perpétuer la perversité de ce système que le langage verbal dénonce. Là est la grande raison de ce geste, et non le
choix auquel il fait semblant de répondre.
Alors M. Guénon, je ne reprendrai pas votre vision dévalorisante du peuple prétendument incapable. Les dirigeants ne font rien croire au peuple. Le peuple se sait parfaitement lâche et tricheur,
sinon il y aurait eu d’autres révolutions. Le tout est un jeu dont chacun connaît les enjeux. Les dirigeants, qui d’ailleurs ne dirigent pas grand-chose sinon l’argent du peuple dans de
mystérieuses escarcelles personnelles souvent bien secrètes, vivent de l’exploitation du confortable besoin d’être victime des gens du peuple qui n’ont qu’un vœu : que rien ne change ! Surtout
quand on est bien dodu.
Roborativement vôtre.
PS : Sur sollicitation, mon cher Candide, je retirerai mes billes. Il y a dans ce que j’ai écrit aujourd’hui la raison qui me fait dire qu’elles ne servent pas à grand-chose.

clovis simard 09/12/2013 13:36

UN PROPHÈTE MODERNE.fermaton.over-blog.com

Chevaler de Saint Ignace 18/03/2012 12:21

Pardi! C'est ainsi que Mussolini et Hitler ont été "démocratiquement" élus et que le FN dans son imosture ressort les valeurs "démocratiques" dans tous ses discours.
Quand à la démocratie américaine, sans l'apport de millions de dollars, aucun cadidat ne peut se présenter : le démocrate Kennedy, pourtant fils de millionaire, n'a été qu'élu qu'avec les millions
détournés par Jimmy Hoffa, président du syndicat des routiers, pour le compte de Cosa Nostra.
En Europe occidentale les structures démocratiques sont obérées par des systèmes politiques monarchiques, et on parle même pour la France de monarchie républicaine.

Alors des petits malins vont nous répondre que la démocratie est le pire des systèmes, à l'exception des autres; piteuse galéjade de bac + quarante douze sortis de Sciences-Po et de l'ENA.

Posons nous les vraies questions : la démocratie est-elle adaptée à toutes les situations?
Ainsi, n'est-il pas compliqué de la mettre en place dans l'entreprise, n'en déplaise à certains, ou sur un navire en pleine mer? Elle a des limites.
Et pour ce qui est des systèmes politiques, relire Proudhon et ses successeurs.

La démocratie sous sa forme actuelle n'est qu'un des avatars de la main mise de l'Etat sur la vie des citoyens: ne reste plus qu'à ceux qui en ont les moyens et les appuis de se faire élire,
démocratiquement, bien sûr.

Ce système est apparu il y a 2 500 ans quand les athéniens ont décidé ne ne pas payer la dette publique et de liquider les créanciers. Ils ont alors remplacé l'ancien système politique oligarchique
par la démocratie.

Nous sommes dans la même situation,les systèmes dits "démocratiques" sont en fait des systèmes oligarchiques et monarchiques déguisés; c'est ce qu'on appelle un détournement.

Pourtant, on sait que dans sa forme actuelle la démocratie est toujours menacée, la réflexion est lancée depuis plus de deux siècles. Mais les totalitarismes et les guerres du XXème l'ont mise en
veilleuse.

Tout est à reprendre. Réouvrons Saint Simon et Proudhon.