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Gilles Deleuze

"Tout philosophe s'enfuit quand il entend la phrase: on va discuter un peu."
(Qu'est-ce que la philosophie ?)

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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 09:51

kant



 

Une Révolution, ce n'est pas une émeute. Mai 68 n'était qu'une émeute, au mieux une révolution manquée, sabotée par les communistes. Une émeute, c'est un prurit qui fait gratter, trépigner, mousser, et puis tout se calme, suffit d'un onguent à la cortisone. Oublié !

Une révolution, cela se prépare d'abord dans la tête où quelque chose, un « on ne sait quoi » dit que les choses ne sont plus à leur place et qu'il faudrait bien que l'ordre change. Alors on gamberge, on réfléchit, ce qui signifie étymologiquement que l'on rentre en soi, et puis un beau jour tout s'éclaire, devient transparent, et c'est un « eurêka » triomphal que l'on pousse dans la rue. 

Toutes les révolutions commencent dans la rue.

Au 18em siècle, c'est précisément ce qui s'est passé. Longtemps avant la révolution française, avant celle qui déboucha sur l'indépendance des Etats-Unis. Et bien avant la publication de « Critique de la raison pure » de cet incontournable M. Kant.

Ce luthérien austère, célibataire et vierge avait la prescience d'une incongruité.

Depuis Platon, se disait-il nous subissons la tyrannie du couple disjonctif « apparence-essence », or, dans ce couple, il y a quelque chose qui cloche. Descartes l'avait aussi remarqué mais, sous l'influence du thomisme, il n'a pas su ou voulu aller jusqu'au divorce. Kant n'a pas eu ce scrupule.

Il n'y a pas d'apparence,se dit-il un beau jour au terme de sa célèbre promenade quotidienne, il y a une apparition, et cette apparition a, ou non, un sens.

Et c'est ainsi qu'il substitue au couple disjonctif « apparence-essence », le couple conjonctif « apparition-sens ».

(Vous aurez remarqué que je m'inspire sans vergogne du cours de ce regretté Gilles Deleuze, auquel je rends l'hommage qui lui est dû).

Mais, s'il y a apparition, il y a aussi les conditions de l' apparaître de l'apparition, et ces conditions appartiennent à l'être auquel apparaît l'apparition.

Et cet être est le sujet constituant des conditions sous lesquelles ce qui lui apparaît apparaît.

D'où le couple conjonctif: « phénomène-conditions » qui se substitue, lui aussi au couple disjonctif, « apparence-essence ».

Et c'est la révolution, ou, en d'autres mots, une nouvelle remise en place, un ordre nouveau des choses.

Désormais, c'est le sujet qui conditionne l' apparition. Il est central. Il donne ou non du sens à « son » apparition, sans lui il n'y a pas d'apparition, même s'il y a un apparaître.

Par lui l'apparition, c'est les conditions du fait d' apparaître et ces conditions de l'apparition sont les catégories et l'espace-temps.

Si le sujet rencontre « quelque chose » qui ne se laisse pas attribuer de catégories, ce n'est qu'une chose « en tant que pensée ».

Dieu ne se laisse pas enfermer dans des catégories, et il est hors de l'espace et du temps. Par conséquent, Dieu est une chose « en tant que pensée », un « noumène » comme disaient les Grecs. Dieu est hors de portée de notre raison. C'est un objet de foi et non de connaissance, c'est un postulat dont le sujet a besoin, ajoute Kant, et qui fait déboucher la morale sur la religion. 

On le voit, Kant met Dieu à la porte de la raison, mais il le fait rentrer par la fenêtre, côté morale. Ce n'est pas par prudence, mais tout simplement parce qu'il reste croyant.

Mais tout ceci n'empêche pas que Dieu désormais change de registre et que le sujet, c'est-à-dire l'homme, devienne central.

L' homme comme référence horizontale, mais aussi verticale, « axis mundi », ou trait d'union entre le monde et Dieu. On peut le prendre comme on veut, l'homme est incontournable.

Au 18em tout le monde ne lisait pas Kant (et qui lit Kant de nos jours ?), mais cette idée (dans le sens le plus vulgaire du terme, bien sûr) taraudait tous les esprits. Le génie de Kant est d'avoir compris et exposé de la manière unique qui est la sienne, cette aspiration vers la rationalité et l'humanisme.

De là, à ce qu'entre les sujets il n'y ait plus, ou moins, de catégories (dans un sens non kantien), il n'y a qu'un pas que d'autres franchiront allègement.

A partir du moment où Dieu est une « chose » uniquement pensée, après tout, le Roi qui l'est par la « grâce de Dieu », l'est aussi et les catégories, à l'un comme à l'autre ne s'appliquent pas.

D'où la désacralisation progressive qui devait inéluctablement mener à la révolution, et à ce 21 janvier 1791 qui vit le père décapité.

Le sujet comme axe du monde avait donc de beaux jours devant lui, et il ne s'en est pas privé.

Mais quid de la nature de ce sujet ?

N'est-il pas, lui aussi, une chose pensée ?

C'est ce que, petit à petit, certains se mirent à croire et, sans qu'on y prenne garde, le sujet, constituant des conditions de l'apparition, se retrouve insidieusement réifié par palier, pour finir catégorie lui-même d'un apparaître qui le transcende.

Voyez le sujet dans les régimes dictatoriaux, fascistes, nazis, stalinistes.

Et parmi nous, dans l'empire néo-libéral où ce n'est pas l'empire qui est une apparition, mais le sujet-réifié  l'apparition de l'empire.

Et aussi dans les théocraties wahabites, salafistes, évangéliques: le sujet procède de la doctrine et non l'inverse.

Kant croyait en avoir fini avec la métaphysique, elle revient pareille à une mauvaise herbe.

Sommes-nous encore kantiens ? La réponse est non !

L'éblouissement de sa liberté, le poids de sa responsabilité, la déviance envers sa raison ont poussé l'homme quitter son être propre pour se réfugier dans le « on »; de là sa réification d'autant plus rapide qu'elle était, dans son subconscient, souhaitée.

L'homme est quelque chose qui doit être dépassé.

"J'aime l'homme qui veut créer ce qui le dépasse et en meurt" (Nietzsche)

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Published by Candide - dans Philo
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