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Gilles Deleuze

"Tout philosophe s'enfuit quand il entend la phrase: on va discuter un peu."
(Qu'est-ce que la philosophie ?)

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28 juillet 2009 2 28 /07 /juillet /2009 08:26
 


Cinq cent mille conards pour une centaine de dopés. Tous sur le mont Ventoux ! Et ce qui devait arriver, arriva; l'un d'eux qui se faisait griller des merguez en a profité pour faire de même avec quelques centaines d'hectares du col des Abeilles... et puis va falloir nettoyer les pentes... pire que prévu ! Ils en ont laissé des déchets ! des poubelles archi-pleines, même pas ficelées, éparses tout le long de la montée, un budget qui explose, imprévu même, disent les autorités... « faire confiance aux hommes c'est déjà se tuer un peu ! ». L'impact sur la nature n'est pas particulièrement positif soliloque un sous-préfet, carrément scandaleux grommelle un commissaire. Ils s'attendaient à quoi ?

A de braves gens, parfaitement policés et civils, ramassant leurs déjections, bouteilles et canettes vides... nettoyant après leur passage, remerciant et s'éclipsant poliment ?

Pensez donc, c'était gratuit, autant en avoir pour son argent !

Le temps qu'ils passent, oubliée la crise, la menace du chômage, l'autoritarisme du pouvoir, les lendemains qui déchantent. Il voient passer des sur-hommes ! Un surhomme, c'est un type avec un drôle de casque sur la tête, des lunettes noires, des jambes rasées, des habits fluos. Et qui grimpe assis, la bouche fermée, sans un rictus, comme une machine bien huilée et se paie, effort suprême, un petit sourire de circonstance à l'arrivée. Braves gens, vous vouliez rêver, c'est fait !

L'Etat qui vous aime quand vous lui fichez la paix, paiera.
Comme il a payé au Trocadero le concert gratuit du résident suisse lifté. Un million et quelques neuf cent mille euros. Merci Sarko !

Depuis que, par dessus son moulin, l'homme a balancé Dieu, il lui faut bien trouver autre chose. Alors pourquoi pas une machine qui tourne autour de la France ou un revenant rock'n roll ? Il faut de tout pour faire un monde, surtout quand on ne le fait pas soi-même et qu'on laisse les autres s'occuper de son destin. Un destin, c'est lourd à porter, autant s'en décharger...

Des savants se posent sérieusement la question: et si la Terre était la planète de référence pour les insectes ? Elle est assez grande pour les abriter, sur et sous la terre, dans la mer, dans les airs. Ils s'adaptent à tout, les bougres, résistent aux pires maladies, aux cataclysmes les plus effroyables, ils sont travailleurs, disciplinés, cultivent le sens communautaire, vivent et meurent sans se poser de ces questions métaphysiques qui mettent le feu au monde. Assurément, disent-ils, car ils n'osent pas vraiment l'écrire, la Terre est leur maison commune et l'homme là-dessus, n'est qu'un épiphénomène, un détour de l'évolution, une déviance pour parler vrai, un de ces accidents dont la nature a le secret et qui disparaîtra un jour ou l'autre, comme disparurent les dinosaures autrefois.

Et la vie sera bien douce, quand ils cesseront de boucher l'horizon avec leur propension à tout régenter, transformer, exploiter et, au final, polluer. Les rivières, à nouveau, seront limpides et accueillantes, les océans poissonneux, les fruits tendres et les nuits douces. L'hiver sera l'hiver et l'été, l'été. Rien de plus, rien de moins.

L'homme au final, n'aura été qu'une parenthèse, pas nécessaire et certainement pas ludique.

Les Egyptiens, dans leur sagesse, en avaient eu la prémonition:
et si Dieu était un scarabée ?

 

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7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 16:15


Sceau du Rite Ecossais Ancien et Accepté



Depuis le dernier Convent de la Grande Loge de France, rien ne va plus entre le Grand Orient de France et l’Obédience qui se veut gardienne du Rite Ecossais Ancien et Accepté.

Le Grand-Maître du Grand-Orient explique ce coup de froid dans une lettre, datée du 26 juin, et envoyée à tous les Vénérables du Grand-Orient.

Elle est accompagnée d’un copie de sa lettre du 24 juin au Grand-Maître de la Grande-Loge.

Présent au Convent de la GLDF, comme il est de coutume, le Grand-Maître du G.O y va de ses félicitations assorties d’une illustration du Grand-Orient.
A sa surprise, le nouveau Grand-Maître de la G.L.D.F lui répond en souhaitant « que le G.O.D.F modifie sa specificité..  », ajoutant que le principe de laïcité est un « acquis suranné et non attaqué » de même que la liberté individuelle. Mais ce qui est (encore ) plus grave, c’est quand ce Grand-Maître définit la Franc-Maçonnerie « comme un espace entre la pratique rigoureuse du Rite Ecossait Ancien et Accepté transcendée par l’intervention verticale du Grand Architecte de l’Univers, le livre de la loi sacré,  l’équerre symbole de la rectitude et le compas symbole de la loi morale » .

Et ce n’est pas tout. Prenant la parole à son tour, le Très Puissant Souverain Commandeur du Suprême Conseil du Rite Ecossais Ancien et Accepté remet carrément en cause l’origine historique de la franc-maçonnerie en France et la détention des patentes d’origine du R.E.A.A par le Grand-Orient de France, insistant sur la responsabilité de la Grande Loge, seule garante (à ses yeux) de la régularité du Rite Ecossais !

Le Grand-Maître du Grand-Orient ajoute que son intervention s’est déroulée dans « un énorme brouhaha » suivie de la réponse du G.M de la G.L.D.F saluée par des applaudissements du public ce qui n’est pas de coutume chez des Frères d’habitude plus discrets..

Ce qui s’est passé n’est pas si étonnant que ça. Nous connaissons tous la propension quasi névrotique de la G.L.D.F a se poser en gardienne inflexible du Rite Ecossais. Ce qui, il faut bien l’avouer, est surprenant quand on sait que les Constitutions de 1786 qui fondent cet « Ordre » sont un faux. Un faux grossier qui a été utilisé en 1802 pour berner le Grand-Orient. En droit, faux et usage de faux sont constitutifs d’une escroquerie. Il serait bon que les Frères de la G.L.D.F se le mettent en tête. Et je suis désolé de devoir le leur rappeler !

Comme ils devraient se mettre en tête que ce Rite Ecossais, dont la Franc-Maçonnerie serait l’espace et rien de plus, est le plus jeune de tous les rites maçonniques, qu’il ne peut se prévaloir d’aucune originalité, qu’il est la compilation (un « best of » si vous préférez…) des rites maçonniques en vigueur au XVIIIem siècle dont le Grand Chapitre Général du G.O.D.F avait déjà fait un tri en encadrant la pratique des « Hauts Grades » du Rite Français dès 1786 !

Et que si le Rite Ecossais s’est imposé au début du XIXem siècle, c’est tout simpement grâce à ce parfum d’exotisme qu’il exhalait, lui qui revenait des Amériques, et surtout de ses trente-trois grades qui flattent décidément mieux l’orgueil de l’homme que les sept du Rite Français.

Mais alors, pourquoi cette attaque frontale, si j’en crois le Grand-Maître du G.O ?

J’y vois une distanciation motivée par le souhait de souligner encore plus les différences qui séparent les deux Obédiences. Surtout au moment où le Grand-Orient va, sans doute, accepter de recevoir des femmes. La Grande Loge se pose déjà en détentrice d’une, voire de « la » « tradition » maçonnique, reléguant cette dernière à un musée dont elle serait le seul et unique conservateur.
Il y a des vocations que l’on peut comprendre sans les accepter.
Et puis, reste pendant, le souhait si mal dissimulé de prendre, un jour, s’il plaît au Grand Architecte, la place de la Grande Loge Nationale Française, dans le cœur de la Grand Loge Unie d’Angleterre et de se jeter ainsi, corps et âme dans les bras de la « Régularité » avec un grand R, comme « retors ».

Je pense que cette dernière motivation est la bonne et le fait que le Suprême Commandeur ait pris le dernier la parole, sur « un ton raide et bien peu fraternel » me conforte dans cette hypothèse. Si vous lisez l’histoire des Obédiences, c’est fou le nombre de shismes dont les « Hauts Grades » sont à l’origine.

La Grande Loge de France aurait donc, lors de son dernier Convent, adressé un message fort à la Grande Loge Unie d’Angleterre : nous sommes les uniques détenteurs de la régularité d’un  Rite qui, pour nous, est le seul valable dans le paysage maçonnique français.

Nous avons, en outre, la légitimité historique que, désormais, nous contestons au Grand-Orient.

Le passage du Grand-Maître sur le livre de la loi sacrée, l’équerre et le compas est significatif à cet égard.

Et de plus, la Grande loge de France est une Obédience honorable, dont les membres sont disciplinés. Elle n’a pas connu ces « affaires » qui firent une si mauvaise presse à la Grande Loge Nationale ou au Grand-Orient.
Ce n’est pas une vieille dame comme cette dernière, mais elle tient cette maturité heureuse qui attire les regards et permet toutes les espérances.

Et pourquoi pas celles de la « Régularité »? 
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20 juin 2009 6 20 /06 /juin /2009 10:46

John Dewey est un philosophe américain qui dans un ouvrage intitulé « How we think » souligne que la pensée de l’homme de la rue, comme celle de l’homme de science, s’apparente à un processus d’expérimentation continue.
Il est de ces penseurs pour lesquels l’expérience prime le dogme et qui pensent que le pluralisme est une réalité politique éducative et morale.
Descartes, dans la « Méthode » ne dit pas autre chose :
« (je compte) rencontrer plus de vérité dans les raisonnements que chacun fait touchant les affaires qui lui importent et dont l’événement le doit punir bientôt après s’il a mal jugé, que dans ceux que fait un homme de lettres dans son cabinet touchant à des spéculations qui ne produisent aucun effet. »
Dewey n’est pas que philososphe, il s’intéresse à la psychologie expérimentale et à la pédagogie (sa réputation de pédagogue n’est pas surfaite). Défenseur de la liberté  d’opinion, homme « de gauche » dans une Amérique d’avant la guerre qui détestait cela (et le déteste toujours ), il milite pour le progrès social, indissociable de l’éducation des masses.
Il présida la la commission d’enquête destinée à innocenter Trotsky d’activités pro-staliniennes.
Il n’y a pas de vérité absolue, soutient Dewey (avec d’autres penseurs américains), la science n’a pas pour mission de nous apporter la vérité, mais de retenir un ensemble d’hypothèses acceptables qui, un jour peut-être, seront réfutées. Il en va de même en matière morale : il ne faut pas, à l’instar d’un Kant tenter de trouver des justifications universelles pour prouver la solidarité entre les hommes, la simple expérience de la paix – de la paix sociale, entre autres – est là qui nous prouve son bien-fondé.
 « La vérité vit à crédit » comme le soulignait W. James, un de ses contemporains.
En somme , ce qui est bon et vrai est ce qui est utile.
J’avoue, à première vue, m’être hérissé face à cette proposition.
Mais à tout prendre et en réfléchissant bien, ne constatons-nous pas que la solidarité, la paix, l’entente entre les hommes sont nettement plus utiles à tout points de vue que le conflit, la guerre, l’isolement ? Et s’imposent d’une manière quasi naturelle ?
Le bien est plus utile aux hommes que le mal ; la paix plus utile que la guerre. Personne, je pense, ne contestera cette affirmation.
Dewey ne voit pas le pragmatisme comme une philosophie  mais comme une méthode qui consiste à trouver un dénominateur commun à des thèses opposées. C’est aussi un refus de l’intelectualisme, des idées creuses et générales, une invitation à trouver des propositions vérifiables par tous.
J’ai peur que l’Amérique ne se soit fort éloignée de ce pragmatisme terre à terre. On y brandit des slogans, conforte des certitudes qui sont autant de credo : « notre manière de vivre, de penser est la meilleure, la preuve c’est que nous sommes les plus riches et les plus puissants ! ». On dénigre la culture d’autrui, la religion des autres, leur manière de faire, de penser, de manger (l’impérialisme de Mac-Do !). On exporte par les armes une vision particulière et géocentrique de la démocratie et des droits de l’homme.
Et ils le font d’autant plus facilement que les grands penseurs à la Dewey s’en sont allés depuis longtemps.
Reste un cheveu dans la soupe : Noam Chomsky !
Est-ce assez ?

11.09999

John Dewey
Chomsky
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13 juin 2009 6 13 /06 /juin /2009 07:51
J’hésite à employer le terme « ésotérique », il est tellement galvaudé ! On en trouve partout, la moindre boîte d’allumettes est prétexte à mettre ses proportions en correspondance avec celles de la Grande Pyramide. Il est devenu, par la force des choses, l’apanage de petits groupes mystérieux qui vous initient, paraît-il, aux arcanes de mystères connus d’eux-seuls et qui sont, bien entendu, hautement ésotériques.
Il faut cependant l’aborder sans préjugés.
Esotérique vient du grec « ta eso », les choses intérieures, en opposition à « ta exo », les choses extérieures.
J’y rattache la  différence entre apparence et apparition.
L’apparence, pour celui qui la perçoit, ne suscite aucune autre interrogation que celle du reconnaître ou de sa connaissance. L’apparence est ainsi, elle n’est pas autre que telle qu’elle se donne à mes sens. A moi de la décrire fidèlement et de la rattacher à ce que je reconnais déjà.C’est une démarche scientifique.
L’apparition est une apparence qui, en plus de son apparaître, suscite un questionnement sur son origine. D’où vient cette apparition ? Que nous dit-elle ? Quel est son sens profond ?
L’astro-physicien qui observe les étoiles, les étudie  telles qu’elles se présentent à son téléscope. Elles apparaissent à sa vue, il les décrit, les mesure, les… bref, il fait un travail scientifique, il n’interroge pas leur sens, il n’a pas à rechercher une nature occultée de l’étoile qu’il observe.
Dans la même optique, un théologien peut étudier un livre saint, le lire, en tirer l’enseignement qui s’en dégage à première vue et reposer ce livre.
C’est vrai aussi pour les philosophes. Ils peuvent interroger l’être, le néant, l’existence et construire leurs théories sans vouloir chercher le sens caché de l’être, du néant, de l’existence.
Ils ne le font plus car la philosophie, depuis le Moyen-Age, s’est retranchée dans l’observation des hommes et des choses en épousant un shéma quasi scientifique. C’est une conséquence, malheureuse, de la distinction imposée entre la théologie et la philosophie par
les Scolastiques, Saint Thomas d’Acquin le tout premier.
Et c’est ainsi que la philosophie est devenue, au fil du temps, une socio-philosophie tout comme la théologie s’est réduite  à une socio-théologie.
Or n’est-ce pas le devoir premier du philosophe que de se poser la question : qu’y a-t-il derrière ce qui m’apparaît ?
Certains l’on tenté : Heidegger par exemple qui, dans son approche de l’être à travers sa manifestation, le « da-sein »,  en est arrivé à donner un sens à ce qui n’en avait pas, en l’occurrence le néant. Il est allé si loin dans l’observation de l’être, à travers son apparaître, qu’il n’a pas trouvé les mots pour le décrire clairement et s’est retranché derrière les poètes.
Un autre philosophe, Gabriel Marcel, avait parfaitement compris ce drame de la défience de l’expression dès que certains atteignent des niveaux insoupçonnés de la connaissance.
Il y eut, avant eux, les kaballistes juifs et chrétiens.
Il y a encore, en islam, les  soufis, les shî’tes.
Est-ce pour autant qu’il nous faille renoncer ? Et ne voir dans une étoile qu’un astre et rien d’autre ? Et dans le soleil une boule de feu aux caractéristiques si brillamment décrites par nos savants ? Et ne dégager de la Bible, l’Evangile ou le Coran, que des récits historiques, des poèmes parfois sublimes et des considérations morales ?
Je ne le pense pas. Il est des jours où nous devons quitter les sentiers battus et découvrir de nouvelles routes, au risque de nous perdre, certes, mais se perdre alors, c’est une manière de se sauver. Qui n’a jamais été amoureux ne pourra le comprendre
!

 2.07Pic de la Mirandole
Pic de la Mirandole, kaballiste chrétien


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3 juin 2009 3 03 /06 /juin /2009 07:14





La France est-elle une démocratie ? A cette question, un magistrat suisse a répondu par la négative: tout juste une monarchie relativement absolue.

Mais dans le fond, qu'est-ce donc que la démocratie ? Et a-t-elle déjà été appliquée ?

Tous les manuels s'accordent pour faire remonter la démocratie à l'Athènes du Vem siècle qui voit un petit territoire (pas même la superficie de la Drôme, en comptant l'Attique) dirigé par un aréopage de citoyens. On parle de « kratos demou », pouvoir du peuple.
Ce peuple, il est pour le moins limité aux hommes (mâles) libres à l'exclusion des esclaves, des affranchis et des métèques (les étrangers).
Il se rassemble sur l'Acropole, à côté du temple d'Athena et discute des affaires de la « polis », de la ville. Il choisit ses dirigeants et les contrôle.

C'est une assemblée permanente, un peu comme celle que nous connûmes dans les premiers jours de la Révolution triomphante.
Athènes était une ville tournée vers la mer et qui dit mer, dit navires, liberté de navigation et de commerce.

La liberté de commercer serait-il le premier exercice de la liberté tout court ? C'est fort probable, les esclaves ne feraient jamais de bons commerçants. Pour que le commerce marche, il faut des hommes libres et qui assument les conséquences de leur liberté.
Pas étonnant, dès lors, qu'en parallèle à la liberté de faire du commerce il y a la liberté de penser.

C’est dans des moments pareils que l’homme a commencé à philosopher.

En Grèce, à Athènes, il le pouvait sans crainte. Les dieux vivaient dans leur Panthéon, ne s’occupaient des affaires des hommes que pour rafler leurs femmes et accordaient toute licence aux mortels pour accomplir leur destinée.

Si les Grecs avaient été monothéïstes, nous n’eussions pas connu la philosophie. Sûr !

Et puis, il fallait Athènes. Une ville libre, ouverte sur la mer, recevant les marchands du monde, écoutant leurs récits de terres lointaines et de souverains absolus et despotiques.

Une cité libre, de citoyens libres, qui se parlent, s’opposent et recherchent la concorde (« omonia », « sunfonè »).

Est-ce assez pour que naisse la philosophie ?

Non ! En plus, il a fallu opérer une mutation radicale: l’abandon de toute logique ambivalente.

La logique ambivalente présuppose que le blanc n’est pas tout-à-fait blanc, qu’il y a du noir dans la blancheur et inversement. Le Tao repose sur cette ambivalence.

Les Grecs vont rompre avec cette logique. Même si cette dernière est vraie, la simplification du processus de pensée exige une coupe drastique. Blanc sera désormais blanc et noir, noir.

Les Grecs vont en plus, et sans doute inconsciemment, créer un concept,  le premier de la philosophie : celui « d’ami ».

Il ne s’agit plus d’être « sage » mais de tendre vers la sagesse à travers un concept d’amitié.

Etre « proche de »  plutôt qu’être tout court.

Démarche humble, prudente sans doute, réaliste très certainement.

Les premiers philosophes, ceux qui ne connaissaient pas encore le concept d’amitié mais le pratiquaient avaient une vision très relative des choses : « Tout passe, rien ne reste » ; « croyances des hommes, divertissements des enfants ».

Voilà comment naît l'esprit critique, celui qui relativise les choses, s'attend toujours au détour d'une sentence à une'autre qui contredira la première.

Comme on le voit, cette « démocratie » est pour le moins tempérée. Quelques uns (oligoi, en grec) décident du sort de la cité entre eux, notables reconnus comme tels.

Aujourd'hui, les choses ont-elles changé ?

Tout d'abord, la dimension de l'exercice: il n'y va pas de cités comme en Grèce, ni de cantons comme en Suisse, mais de territoires plus ou moins étendus comme le français ou carrément immense, comme les Etats-Unis ou l'Inde.

Le citoyen ne siège plus à l'Agora mais délègue sa représentation à un élu.

Et si la démocratie n'était possible que dans un espace réduit ?

Et puis, il n'y a plus de philosophie qui sous-tend l'action des citoyens. Nous ne pourrions imaginer, aujourd'hui, suivre le conseil de Platon et mettre à la tête de la Cité un philosophe.
C'est que nous somme revenus à la logique ambivalente. Nous ne croyons plus au bien idéalisé et à la mission de le faire apparaître totalement dans notre vie quotidienne.

C'est un relativisme pessimiste qui nous ramène à la pure gestion des choses et des gens.

Des gens qui n'ont plus à être des « amis » de la sagesse, mais soumis aux lois que leurs représentants, dans lesquels ils se reconnaissent de moins en moins, imposent à leur quotidien.

Il n'y a pas de démocratie sans participation active des citoyens;

Sans idéal vers lequel tendre, sinon le réaliser.

Sommes-nous vraiment dans cette conjoncture ? La réponse est négative, vous le savez tous. Le jeu politique est celui d'une confrontation, encore pacifique, entre intérêts opposés où le plus fort, le plus influent, maquille sa domination sous les oripeaux d'un consensus;

Alors quoi ?

Nous n'allons pas nous étendre sur les conséquences de ce déficit, contentons-nous aujourd'hui de constater que les mots nous trompent. Cette démocratie dont on nous parle n'en est pas une; tout juste une oligarchie plus ou moins brutale.
Soyons réalistes, dénonçons ce langage de sophistes en faisant tout pour fonder, petit à petit, un territoire nouveau.
Sur les ruines de l'ancien.

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22 mai 2009 5 22 /05 /mai /2009 17:43



Armoiries de la famille Sarkozy

« Sarkozy », est-ce une injure ? Je ne parle pas du patronyme, bien sûr, il vaut tous les patronymes du monde, ni en pire, ni en meilleur, que cela soit bien clair, Messieurs des Renseignements Généraux, qui me faites l'honneur de me lire et auxquels je souhaite le bonjour.

Avouez qu'il y a de quoi se poser des questions, à l'instar de ce juge marseillais qui va devoir décider si oui ou non « Sarkozy, je te vois », est constitutif de « tapage injurieux diurne ».
Car on en est arrivé là ! Le seul nom du premier magistrat de France, proféré de jour en public, pourrait être une injure entraînant des poursuites devant un tribunal de police.

On est où ?

Des enfants de six et dix ans arrêtés devant tout le monde, à la sortie de l'école, par des policiers et emmenés au commissariat pour une vol de vélo qui, au final, ne peut leur être imputé...
Un préfet muté disciplinairement parce que Monsieur le Président de la République a pu entendre des lazzis lors d'un de ses déplacements...

Un commissaire de police muté itou pour ne pas avoir embastillé des manifestants qui se promenaient sur la propriété corse d'un copain de notre Elu...

Une loi Hadopi, votée par des parlementaires aux ordres et sous la menace, une loi qui hypothèque nos libertés fondamentales en matière d'expression, de consultation, de partage...
On est où ?
Plus en République, mes amis, mais dans ce qui devient, petit à petit une satrapie à l'image d'un Président dont on a pu, à juste titre, écrire qu'il était un immigré hongrois, en route pour l'Amérique, et qui avait posé ses valises en France...

Vous savez, nous Français, on est pris dans une dichotomie à caractère schizophrénique;  d'un côté on atttache à l'Etat un prestige et une autorité quasi unique en Europe, de l'autre nous sommes rebelles à toute forme d'autorité étatique et le sport national est de la contrer et de la contester, surtout au Café du Commerce.

Sarkozy l'a parfaitement compris, lui qui ne partage pas ses traits si typiquement gaulois.
Il sait qu'en dehors de l'apéritif, la grogne sera virtuelle, que l'attrait des ors de la République et de ses privilèges en fera féal plus d'un.

Pourquoi décline-t-il à ce point le substantif « rupture », comme s'il fallait rompre un pacte qui fait de nous des Français et non pas des Moldo-slovaques ou des Américains ? Parce qu'il ne se reconnaît pas, M. Sarkozy de Nagocy Galpa ou quelque chose comme ça, dans ce qui est typique de l'âme française et dont Astérix est, sans doute aucun, l'image la plus emblématique.

Parce que nos coups de gueule, nos contestations, nos discussions, nos craintes, nos espoirs, nos joutes verbales, tout cela il l'appelle « débat franco-français » avec cette pointe de mépris qui suit ses haussements d'épaule !

Car, dans le fond, il nous méprise. Il doit nous prendre pour des ploucs, lui qui admire les gens qui bougent, se déplacent sur toute la planète, font du fric, posent leurs pions, se coltinent avec leurs homologues de l'international et dédaignent ces Français peinanrds qui osent encore rêver de la « doulce » France et qui vivent, comme disent les Allemands « Wie Got im Frankreich »...
Il préférerait sans doute que l'on vive comme aux Etats-Unis, son eldorado de référence, lui qui se fait appeler « l'Américain »...

Mais les Etats-Unis, il ne le sait pas encore, c'est, quand même, un pays de durs à cuire, qui ne permettront jamais, qu'un quidam quelconque décide, une fois pour toute, d'un haussement d'épaule que la République c'est fini et qu'à sa place on lui substitue une satrapie venue en droite ligne de la puszta austro-hongroise.
Et que les Habsbourg, c'était, jadis, dans la vieille Europe, et que s'il plaît aux Français de goûter aux joies séculaires d'une dynastie sarkozyenne, c'est leur afffaire et, peut-être, cela reste à prouver, leur plaisir...
Astérix, réveille-toi !

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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 19:54




Un pamphlet ? Un brûlot ? Non, une philippique i Voici comme je définirai le dernier opus de M. François Bayrou qui, tout au long de ses 261 pages nous dit tout ce qu'il faut penser du régime qui veut mettre la France à sa mesure, je devrais écrire « démesure ».

Le régime, bien sûr, mais surtout son mentor...

Sur le plan du style, c'est parfait. Rien d'étonnant, M. Bayrou est agrégé lettres classiques, comme l'est M. Juppe et l'était feu M. Pompidou. J'ai de l'admiration pour ces gens qui tutoient Homère, Virgile et Sénèque, c'est plus fort que moi, ils m'en imposent, un peu comme si la maîtrise des langues mortes me les rendaient plus vivants. Et puis les études, comme l'écrivait Céline, cela vous permet de pénétrer le fond des choses.
Ce n'est plus vrai aujourd'hui, ce l'était avant quand on étudiait les humainités et que l'on devenait, parfois, humaniste.
Et puis, je l'avoue, l'homme me plaît. C'est un gascon, avec le panache de sa race, le verbe choisi, l'honneur à fleur de peau. On en fait plus beaucoup comme ça. Le genre de type qui résiste à l'uniformisation rampante qui nous fait tous pareils dans un maelström où tout se perd, surtout l'âme.
Le livre vient de paraître aux éditons Plon, il a pour titre « Abus de Pouvoir ».
Extrait:


« Nous n'avions pas vu que cette fois, on allait aligner les grands moyens. Un candidat habile, actif, entreprenant. Des milieux d'influence déterminés. Des intérêts de parti. Plus encore, des intérêts de classe. Et qui ne se trompaient pas sur leurs préférences. Un discours qui prenait le peuple par où, dans ces milieux, on s'imagine qu'il faut le prendre: par le bas. Par le bouc. Bouc émissaire, s'entend. Ceux qui ne se lèvent pas le matin, et ceux qui égorgent les moutons dans les baignoires, les fainéants de chômeurs, et les musulmans, et la racaille, firent l'essentiel de l'affaire, au nom du « travailler plus pour gagner plus » et de « l'identité nationale ». Mais l'essentiel était dans le soutien massif, organisé, de puissances médiatiques complices et conniventes. Beaucoup étaient volontaires, les autres étaient intimidés. Je le découvris au  delà de mes certitudes déjà établies lorsqu'il s'agit d'organiser entre les deux tours un simple débat, élémentaire échange d'idées, avec la candidate du parti socialiste. Toutes les chaînes voulaient organiser ce débat: toutes, les unes après les autres se défilèrent, usant des prétextes les plus dérisoires; Mais auparavant, pendant la campagne, pour soutenir le candidat officiel, déluge de « unes », cataracte de people, sur le thème de la vie de famille au château, des vacances de la famille, des scènes de la vie de famille, du désarroi sentimental, des retrouvailles sentimentales, etc. Pas besoin de donner des ordres. Ce qui devait être fait était fait.
L'élection passée, il ne fallut pas attendre une minute pour voir qui avait gagné. Se réunirent au Fouquet's, haut lieu symbolique de la jet set et du business qui veut en jeter, les vrais vainqueurs. Non pas les pauvres bougres qui chantaient « on a gangé, on a gagné » sur une place de la Concorde où on les laissa mariner entre eux pendant plusieurs plombes , mais les vrais vainqueurs opulents, les triomphateurs de l'ombre, avec qui il convenait de partager le triomphe en ses premiers moments, avant que d'aller sacrifier quelques minutes à la plèbe, et de partir prendre soleil sur le yacht de l'un d'entre eux.
Ainsi, au soleil, sur le pont luxueux, se prépara l'inauguration du règne, que l'on avait promis de méditer dans l'ombre du couvent. »

(pages 14 & 15)

 

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26 avril 2009 7 26 /04 /avril /2009 09:26

(copyright alexismelissas)


Vous connaissez tous cette manie qu’avait Kant de se promener tous les jours à la même heure. Il était d’une ponctualité quasi obsessionnelle qui faisait que les badauds, sur son passage, règlait leur heure. Une fois il fut retard,  lorsqu’il appris que la Révolution avait éclaté à Paris. On peut l’excuser !
Tout en se promenant il devait réfléchir, le bougre, je ne puis imaginer Kant ne pensant à rien. Il devait passer en revue ses catégories, se demander ce qu’il fallait encore y ajouter, retrancher, spécifier, excepter et que sais-je encore.
Sacré bonhomme ! Bien des gens ignorent que Kant est aussi emblématique de notre civilisation que l’Evangile, Platon et Aristote ! Mais pourquoi ne lit-on plus Kant ?
A ma petite mesure, je fais un peu comme lui. Je me promène. Tenez, ce matin, j’ai pris mon train de sénateur, j’ai flâné, dévisagé les gens, les devantures des magasins lu quelques affiches électorales (déchirées) et j’ai pensé…
Je me suis dit que, somme toute, le Temps était un facteur indispenable aux physiciens, mais pour les philosophes ?
Y-a-t-il un Temps ? N’y-a-t-il pas plutôt un Présent éternel ?
Après tout, le présent est né du passé et contient, en germe, le futur… Mon action de promenade était déjà là avant que je ne l’entreprenne, elle était en germe dans mon intention de me promener et le Présent qui me voit le faire est ce même Présent qui me vit l’imaginer.
La fin de ma promenade est à ce pont évidente qu’elle est déjà présente dans le Présent du promener.
De même, ma mort est présente dans mon Présent même, si d’une manière « logique » elle est à l’horizon d’un (lointain ?...) futur. En fait, je suis, nous sommes des morts-vivants…
Oui, me répondrez-vous, mais il faut bien le temps pour marquer une borne, ne fut-ce que celle du début de votre existence…
Cette objection est tout-à-fait fondée, mais « mon » existence est le fondement même du Temps qui n’est pas et, comme mon existence est sans Temps, de même le Temps n’est pas.
Je m’explique : je ne suis que dans la mesure où je prends conscience d’être… on est bien d’accord là-dessus. Sans conscience d’être, je ne suis pas…Dès que j’ai conscience d’être, je suis. Dès que je suis, j’intègre dans un Tout mes potentialités passées et futures qui apparaissent dans un Présent qui ne finit pas…et ce pour une raison bien simple, je ne puis être dans le passé ni dans le futur. Je suis donc dans le Présent. Eternellement dans le Présent.
Et quand vous serez mort ?
Quand je serai mort, je réintégrerai sans doute une potentialité d’être qui s’incarnera dans un Présent Eternel… mais comment voulez-vous que je vous réponde ?… la mort reste un mystère…
Après tout, quand je serai mort, j’irai au Paradis !
Non ?


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20 avril 2009 1 20 /04 /avril /2009 07:58




Madame Sylviane Agacinski est philosophe et, accessoirement, épouse de M. Jospin, Lionel, qui fut, certains s'en souviennent encore, Premier Ministre de la République.

Elle vient de publier un livre (Corps en miettes, Flammarion) dans lequel elle dénonce le phénomène des « mères de substitution » ou « mère porteuses » comme on a coutume de les appeler.

La « mère de substitution » est cette femme qui prête son utérus et accouche d'un enfant conçu avec les ovocytes de la mère naturelle et le sperme du père.
Ce « prêt » est régi par un contrat (nul de plein droit en France) aux termes duquel la « mère porteuse » renonce à tout droit sur l'enfant à venir, sa fonction étant purement mécanique. Elle est, cela va de soi, « dédommagée » pour sa prestation: ce qui signifie tout simplement qu'elle est payée !

Cette pratique est courante de nos jours aux Etats-Unis et elle tend à s'implanter dans nos vieux pays d'Europe. A l'encontre de la pensée dominante, Madame Agacinski, dénonce cette manière de faire d'un être humain une « chose » qui prête, aliène ou vend une partie de son corps.

Elle remarque tout d'abord que la grande majorité de ces « mères porteuses » est constituée de femmes en proie à des difficultés financières et que le « prêt » de leur utérus est une manière pour elles de s'en sortir.

Et puis rien n'est prévu pour la suite de cette « prestation ». Rien sur les conséquences physiologiques et psychologique toujours possibles chez la mère porteuse . Il y a eu, chez ces dernières, des cas de dépression ou de complications gynécologiques consécutives à leur accouchement et qui ne furent pas couverts par le contrat.,

Et reste cette question éthique. Peut-on vendre tout ou partie de son corps ?

Après tout, la prostitution est un contrat au terme duquel une femme met, contre rémunération, son corps à la disposition d'un co-contractant.

Ce type de relation entre « mère porteuse », mère naturelle et enfant porté par la première est encore une inconnue pour les scientifiques; porter un enfant, ce n'est pas porter une valise et, pour un enfant, le ventre de sa mère n'est pas un hôtel comme un autre.

Le livre de Sylviane Agacinski est accueilli de diverses manières: l'intelligentsia de gauche s'étonne des réserves que formule cette femme, issue pourtant du même sérail, et snobe les arguments sociaux et éthiques développés par l'auteur.

Une femme est maîtresse de son corps, disent-elles, Elisabeth Badinter en tête; sans vouloir verser dans la polémique, faisons tout de même remarquer que cette liberté, serait-elle absolue dans le chef de l'individu, devrait être pondérée dès lors qu'elle implique un tiers: l'enfant à naître. Car, que savons nous au juste des relations qui se tissent entre l'enfant porté et sa mère, fut-elle simplement porteuse ?

Même si les gênes de l'enfant sont étrangers à ceux de la mère porteuste, il existe cependant entre eux une relation physique et psychologique dont nous ne connaissons pas la nature exacte dans l'état actuel de nos connaissances.
Et rien ne nous permet d'affirmer que ce lien tissé durant neuf mois et brutalement rompu ne laissera pas de traces chez l'un ou l'autre, ou les deux.
L'émission « Envoyé spécial » sur France 2 nous présentait, jeudi dernier, un reportage sur ce phènomène. C'est en Inde que les journalistes ont débusqué des cliniques où des Indiennes, en mal d'argent, prêtent leur ventre à des couples occidentaux en mal d'enfants.
Triste spectacle que de voir ces pauvres femmes, porter l'enfant d'autrui et s'en défaire au bout de la grossesse. Et que penser des intermédiaires, cliniques privées, gynécologues, rabatteurs en tout genre qui, sur le prix, touchent au final plus que la porteuse ? Sur 20.000 euros de facturés, la « mère » n'en perçoit que 4.000. C'est peut-être beaucoup pour ces femmes, mais est-ce le juste prix, si prix il y a ?

Une fois de plus , nous voilà confrontés à ces abus dont notre société se justifie à coup de sophismes qui ne trompent que ceux qui veulent l'être.
Qu'il y ait des cas où ce type de « solution » puisse être envisagé, je ne l'exclus pas (je pense à une femme palliant l'absence d'utérus de sa soeur), mais ils doivent rester l'exception qui confirme la règle.
En fait, notre société occidentale ne peut ni ne veut se soumettre aux lois de la nature, sans parler de celles de la morale élémentaire.
Etre affligé d'un handicap empêchant la procréation, est triste certes, mais il existe sans doute dautres solutions que celles qui transforment un être humain en chose.



 

 

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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 10:17



Souffrance, Mort et Résurrection, voilà des thèmes qui marquent la période de Pâques.

Abordons-les avec Nietzsche et son sens du tragique qu’il exprime dans « Origine de la tragédie ».

« C’est moi qui ai découvert le tragique, même les Grecs l’ont méconnu. » écrivait Nietzsche en dénonçant la dialectique hégélienne.

Le tragique, ajoute-t-il, n’est pas lié au négatif, il n’y a pas contradiction entre souffrance et vie, fini et infini, destin particulier et esprit universel, mouvement de la contradiction et sa solution.

Le tragique ce n’est pas la contradiction entre l’individuation et l’unité primitive, entre la vie et la souffrance car cette contradiction est témoignage contre la vie, la met en accusation et fait que la vie a besoin d’être justifiée. Or, la vie est et rien d’autre dans l’unité de son être.

Et il prend comme exemple Appolon qui « triomphe de la souffrance de l’individu par la gloire radieuse dont il environne l’éternité de l’apparence ; il efface la douleur » (« Originie de la tragédie.»)

 Mais cette « gloire radieuse » n’est qu’apparence ; apparence de l’apparence.

Appolon comme Christ grec !

A ce Dieu, il oppose Dionysos qui lui, retourne à l’unité primitive, il n’efface pas la douleur mais brise l’individu et l’entraîne dans un tourbillon cathartique vers l’être originel. La douleur de l’individuation est sublimée par le plaisir orgasmique de l’abondance de l’être.

Dionysos est un Dieu souffrant et glorifié qui offre au spectateur ses souffrances afin que ses derniers le reconnaisse comme maître.  Dionysos est l’affirmateur de ce qui est et non  pas son apparence.

Au contraire de Dionysos, Appolon est consolateur, la tragédie, chez lui, devient drame,  expulsion d’un trop-plein d’être.

Reproduire la contradiction originelle, sa solution, l’expression de cette dernière, voilà la tragédie. « Reconnaître dans la douleur éternelle sa propre douleur » (« O.T »).

La vie, à travers ces douleurs, est non pas justifiée mais affirmée. Demeter, la mère de Dionysos, après la mort de son enfant, apprend qu’elle pourra à nouveau enfanter, cette nouvelle naissance, cependant, est la fin de l’individuation et ainsi se réalise : « …l’individu transformé en un être impersonnel supérieur à la personne… voilà ce que propose la tragédie. » (« O.T »)

La tragédie n’est que l’affirmation de la vie, pas sa justification, elle est fille de l’instinct qui la crée à son image au grand dam de la conscience critique. La tragédie s’oppose à la décadence vers laquelle nous entraîne la spéculation dialectique de la conscience.

Le parangon de cette spéculation dialectique, c’est Socrate, « homme théorique » , le contraire de l’homme tragique !

Chez le Christ comme chez Dionysos, la passion est la même, continue notre philosophe, mais, tempère-t-il, en sens opposé.

Dionysos justifie la souffrance par la vie, Christ accuse la vie par la souffrance  et témoigne contre elle. Pour le Christ, la vie doit être justifiée et elle le sera par sa Passion. C’est ce que Nietzsche appelle la « mauvaise conscience ».  Et il poursuit : « …la joie chrétienne est de résoudre la douleur… » alors que : « l’existence semble assez sainte par elle-même pour justifier par surcroît une immensité de  souffrance. »

A-t-il raison ?

Nietzsche, c’est là mon opinion, est un immense philosophe et un hellèniste hors-pair. Je ne crois pas, cependant, qu’il ait lu les textes fondateurs du christianisme et les Evangiles en grec. Il aurait sûrement remarqué qu’il n’est pas question dans le texte byzantin de « victoire » (nikè) sur la mort, mais de relèvement » (anistèmi). Christ se relève (Christos anesti),  visite ceux qui sont dans les tombeaux (tis en tis mnimasin) et  leur offre la vie ( zoïn charisamenos). La vie au sein de la mort, la mort au sein de la vie. Où est la contradiction ?

Niezsche, j’en suis sûr, aurait perçu les aspects éminements dionysiaques du christianisme évangélique, celui d’avant les Pères de l’Eglise.

La violence, la haine, la mort sont dans la vie comme l’amour et la compassion.« …la joie chrétienne est de résoudre la douleur… » alors que : « l’existence semble assez sainte par elle-même pour justifier par surcroît une immensité de  souffrance. »,
A tous je souhaite une fête de Pâques fertile et heureuse.

 

cfr: Gilles Deleuze: "Nietzsche et la philosophie."

 

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