| Hopper Les peuples diffèrent par la langue, les coutumes, les croyances et aussi par une conception du monde, des gens, des choses. Rien d'original dans cette affirmation. Prenons, si vous le voulez, les Allemands et les Français d'une part, les Anglais et les Nord-Américains de l'autre. Voilà des peuples qui ont une histoire commune même si elle est faite de guerres et d'affrontements, un système civilisationnel identique, des langues qui sont de la même famille et pourtant dans leur conception du monde un abîme les sépare. Les anglo-saxons sont des gens pratiques, pragmatiques. Ils considèrent que le bien est ce qui est utile. Cela s'appelle l'utilitarisme. Est bien, donc moral, ce qui est utile non pas pour l'égoïsme d'un seul individu, mais pour le bonheur de la majorité. La morale est donc fondée sur cette notion pragmatique qui dérive d'un empirisme dont les philosophes anglais ont toujours été partisans. Ces notions d'utilité et de bonheur n'ont jamais été définies complètement et encore moins reconnues par tous. Toujours est-il que ces peuples coïncident ce qui les rend heureux avec la morale qui est la leur. Cette manière de voir les choses et les gens fait que leur réflexion prend cours dans la sphère individuelle pour réguler la sphère publique. Prenons les systèmes juridiques français et allemand. Ces systèmes ont des codes lesquels tirent leur légitimité de leur conformité à une Constitution. Les conflits juridiques se résolvent par la mise en conformité d'un cas particulier à une règle générale. Chez les Anglais, point de codes, point de Constitution (la Grande-Bretagne, pays éminement démocratique, n'a pas de Constitution, c'est l'un des rares au monde à ne pas en avoir...). Le droit s'applique à partir d'une foule de situations particulières dont la résolution peut être "utile" à une autre. Il n'y a pas chez ces peuples, commes chez les Français ou les Allemands, recherche d'un concept dont la prééminence serait telle qu'il légimitimerait tous les autres. Allemands et Français, tout en reconnaissant le pragmatisme du concept d'utilité lui préfèrent celui de liberté lequel, dans une déclinaison altruiste, fonde et légitime la morale. La connaissance chez les anglo-saxons se fonde (pour la majorité de leur philosophes) sur l'empirisme. Une chose est parce que je la touche, je la vois ect... Ils n'ont que peu de goût pour les spéculations épistémologiques à la Descartes, Kant ou Heidegger. Ils ont peut-être raison. Mais là, aussi, si d'une part on se fonde sur un "étant" particulier, on ne souhaite pas conformer cet étant à un "être-en-soi" dont on ne voit pas l'utilité... Je pense à tout cela en songeant à cette "Europe" qu'à Bruxelles des fonctionnaires anonymes nous concoctent à coup de directives plus confuses et crytées les unes que les autres. On ne crée pas une communauté d'hommes et de femmes en régulant leur commerce ou leur permis de conduire. Et encore moins une nation ! Un pays, une nation, c'est une reconnaissance de soi dans la personne de l'autre. Cela suppose une comunauté de langue (sans doute une condition première) mais aussi une "vision du monde-weltanschauung" identique ou complémentaire. Dans ces conditions, Allemands et Français son plus proches l'un de l'autre que des Anglais. Parler de l'Europe comme nation en devenir ou comunauté de vie est un leurre, un idéalisme creux, un mirage... Le danger qui nous guette. Un danger mortel est cette uniformisation générale qui, marquée du sceau de la médiocrité, devient insidieusement le plus petit commun dénominateur des peuples de ce continent. Des peuples qui rejettent leur identité particulière au profit d'une conformité à un modèle unique parce que sensé être utile. "Utile", nous y voilà ! * supra: David Hume |