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Penser l'actualité, le quotidien et l'histoire sans a-priori et avec un esprit critique.

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Espérance, angoisse, attente...


L’homme est un être qui veut croire.

Pourquoi veut-il croire ?

Parce qu’il a peur !

Il a peur des autres, de son environnement, de lui-même.

D’où son penchant à se rapprocher vers celui qui le rassure.

Celui qui lui dit : « Je te défendrai contre les ennemis… tu me donneras, en échange, une partie de ta récolte et une de tes filles… ».

Ce n’est pas exhaustif : on peut imaginer l’autre qui promet d’annihiler les insectes qui gâchent les récoltes, de maîtriser la pluie, le soleil, le vent, la maladie, la stérilité et ainsi de suite…

Sans oublier la mort…

L’homme est un animal. Comme tous les animaux ils doit manger, boire et se reproduire.

A la différence de l’animal, il ne se contente pas de ça. Il a une conscience. Conscience de sa vie, de celle des autres, conscience de lui même et de tout ce qui l’entoure.  Conscience de la mort. Et cette prise de conscience est anxiogène.

L’angoisse est une peur sans objet. Une peur que l’on ne peut raisonner. On peut demander à un enfant de ne pas avoir du peur du noir en lui montrant que le noir n’est que l’absence de lumière et rien d’autre. On ne peut pas raisonner quelqu’un qui est angoissé. Sa peur n’a pas d’objet.

Alors, on va opposer à l’absence anxiogène d’objet une autre absence, sécurisante celle-là : l’espérance..

Et c’est la naissance des dieux !

Du Paradis, de l’enfer…

A la mort, qui fait peur, on va opposer une vie après la mort.

On oppose, ce faisant, à l’angoisse de la mort, l’espérance d’une vie après la mort.

Et cette espérance atténue, voire efface, l’angoisse face à la mort.

Cette espérance est vide, on s’en doute. Aussi vide que l’angoisse.

Cette angoisse sans objet est intolérable. Toute conscience veut un objet, une conscience pure, cela n’existe pas. Seule existe la conscience de quelque chose, matériel ou immatériel, peu importe.

Et l’objet de cette angoisse sera vite trouvé, ce sera la mauvaise conscience. Cette dernière est la conséquence d’une faute originelle qu’il convient d’effacer en se conformant à une morale construite à partir de la reconnaissance de cette faute.

La morale va, d’une manière totalement arbitraire, définir le bon et le mauvais. Elle aura pour socle un « Dieu ». La souffrance ( l’angoisse)  sera, de ce fait, « sanctifiée ».

On partira d’un préjugé : l’homme avant la faute était bon, la nature était bonne elle aussi. A partir de la faute, l’homme est dégénéré. Il lui faut, dès lors, par et à travers la morale, retrouver cet état d’avant.

Et peu importe que tout dans la nature nous démontre que rien n’y est mauvais ni bon. Que les gros mangent les petits, que la justice et l’injustice y sont inconnues, que la nature meurt en hiver pour réssusciter au printemps. Cette réalité sera niée. C’est le nihilisme.

Les effets de cette pensée sont prévisibles.

S’il y a une faute originelle. Qui l’a commise ? L’autre, bien entendu ! Ou, c’est la perspective monothéïste, soi-même !

D’où la détestation, voire la haine, de l’autre ou de soi.

Alors, comment pouvons-nous tranformer notre angoisse, peur sans objet, en une peur avec objet ?

En transformant notre angoisse en attente.

L’attente a un objet. Que ce soit le départ du train ou le retour du bien-aimé. L’objet de cette attente est identifiable et circonscrit dans l’espace et le temps.

On peut avoir peur que le train ne parte pas ou que le bien-aimé se soit évanoui à jamais, mais cette peur peut être vaincue d’une manière ou d’une autre. Cette peur n’est pas existentielle.

Et toute peur, le temps aidant, fini par être résorbée.

Mais, me répondrez-vous, c’est facile d’écrire qu’il n’y a qu’à remplacer l’angoisse par l’attente. Dans les faits, on risque de superposer à l’angoisse une attente dont on se serait bien passé.

L’argument est fondé.

Il ne s’agit pas de remplacer l’angoisse par l’attente, mais de faire en sorte que l’angoisse ne soit pas et que l’attente soit.

L’angoisse, on ne la maîtrise pas, elle vient et envahit la psychè.

L’angoisse, on la subit.

L’attente, nous la provoquons, elle est un effet de notre volonté active.

L’étymologie grecque nous en apprend plus sur cette attente. En grec, attendre se dit « peri-menoo », littéralement : « rester au-dessus, rester en limite ».

Cela implique un changement de perpective, un déplacement qui nous décentre.

Rester en limite nous permet de voir, d’analyser, de jauger tout ce qui se veut objet de notre conscience. Et de faire un tri.

On devine que cette opération ne se fait pas comme ça. Elle est un pur produit de notre volonté. C’est notre puissance de volonté qui nous permet de prendre de la hauteur, de contrer ce sentiment d’impuissance qui envahit notre conscience dès lors qu’elle se trouve submergée par l’angoisse.

Cette même puissance crée les conditions d’une attente dont nous pouvons maîtriser les flux et reflux.

Elle va reconnaître le vide de l'angoisse et substituer à cette dernière un objet d'attente.

Pour vivre heureux, ne cultivez pas l'espoir.

Créez les conditions de l'attente.





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