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Penser l'actualité, le quotidien et l'histoire sans a-priori et avec un esprit critique.

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Aimez-vous Proust ?





« Un livre est un grand cimetière où, sur la plupart des tombes, on ne peut plus lire les noms effacés »

Je ne sais pas ce que vous faites durant les vacances, sans doute êtes-vous allongé(e)s sur la plage, sous un parasol, à feuilleter le dernier roman de l’été entre deux baignades. Le soleil n’en finit pas de grimper au zénith et les cris des enfants rythment le va et vient des vaguellettes.
La plage, n’est-elle pas pas le réceptacle des souvenirs de jeunesse enfouis sous le sable, et ne remontent-ils pas à la surface l’été venu ? Amourettes, toujours évanescentes et folles comme les serments qui les consacrent, longues rêveries solitaires au soleil couchant ou bains de minuit interlopes aux effluves de marie-jeanne.
Et puis, à la rentrée, réaliser qu’ "on serait à jamais guéri du romanesque si l’on voulait, pour penser à celle qu’on aime, tâcher d’être celui qu’on sera quand on ne l’aimera plus."
Lit-on encore Proust ? Le lit-on comme il faut ?
Proust, il faut l’aborder la maturité venue, quand les illusions s’estompent et nous sourient depuis leurs brillances fânées, à l’âge où le ressentiment n’est pas encore et l’indulgence de mise.
Nous n’aimons pas nous avouer la nostalgie d’un temps qui passe et ne retient rien sinon ces ombres qui hantent nos rêves, et pourtant : « il semble que les évènements soient plus vastes que le moment où ils ont lieu et ne peuvent y tenir tout entier. »
Alors, ne faisons-nous pas comme s’ils étaient toujours là, non plus devant, mais à la traîne de notre existence, portés pas de petits pages qui ont pour nom : souvenirs ?
Mais quoi ? Passé, présent, avenir… « Nous appelons avenir l’ombre de lui-même que notre passé projette devant nous. ».
Et quand revient le train-train quotidien, quand ces petites choses insignifiantes prennent dans notre vie une valeur qu’elles n’ont pas et nous dominent de leur insignifiance, alors nous comprenons que : « nous sommes tous obligés, pour rendre la réalité supportable, d’entretenir en nous quelques petites folies. »
Elles ont des noms, ces petites folies, elles gambadent sur des routes désertes du côté d’un lac, la nuit tombée, quand la main de la bien-aimée étreint la nôtre et que l’auberge est proche qui abritera nos amours ; elles se nichent au fond de criques désertes connues des dieux seuls, où la lune et le soleil sont les uniques témoins de ce qui ne peut se dire mais jamais s’oublier.
« Les vrais paradis sont des paradis qu’on a perdus. »
L’imagine-t-on, Proust, couché sur son lit, trempant sa plume dans l’encrier et, comme un écolier modèle, alignant les lignes les unes après les autres, puis, l’aube venue, raturant, biffant, corrigeant, ses visions de la nuit ?
Faut-il être malheureux pour réaliser son bonheur, faut-il que le vide nous étreigne pour nous rendre conscient de ce qui fut et nous emplissait ?
« Nous ne savons jamais si nous ne sommes pas en train de manquer notre vie. »
Lire Proust, c’est aimer la pluie, voir le brouillard comme ombre complice, faire de la cloche de l’église qui tintinnabule une symphonie, et du silence un confident.
Et dans une froide désespérance croire encore et toujours que
« l’espérance est un acte de foi » et que les femmes « réalisent la beauté sans la comprendre ».
La vie passe malgré nous qui tentons de la retenir, elle creuse les rides du corps et de l’âme et, cruelle, ne reçoit pas nos doléances comme nous le souhaiterions. Mais qui sommes-nous pour la juger ? elle éternelle, et nous si mortels, tellement que nous ne réalisons toujours pas que « les évènements sont plus vastes que le moment où ils ont lieu et ne peuvent y tenir tout entier. ».



Toutes les citations sont tirées de « A la recherche du temps perdu »

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