Penser l'actualité, le quotidien et l'histoire sans a-priori et avec un esprit critique.

Le monde est secoué par une crise indigne qui ruine, et pas qu’aux Etats-Unis, l’épargne et les retraites de braves gens confiants dans un système qui les a trompé. Le travail, censé ennoblir l’homme, le pousse parfois au suicide, à la dépression souvent. Une femme sur cinq, dans notre République, est battue, des jeunes-filles sont forcées à un mariage qu’elles ne souhaitent pas. L’argent est l’aune à la mesure duquel on juge celui qui en a et celui qui n’en a pas, et la survie de la planète est hypothéquée par la rapacité des hommes qui l’exploitent.
Et c’est dans ce contexte trouble et alarmant que le Conseil de l’Ordre du Grand-Orient de France se fait remarquer en déférant devant la justice maçonnique, aux fins d’être suspendus, les maïtres des cinq Loges qui ont initié des femmes !
L’information a été rendue publique par le site Rue89 (http://www.rue89.com/2008/10/08/169-francs-macons-menaces-pour-une-histoire-de-femmes ) et répercutée dans « LExpress » et la revue de presse de France Inter. Consultez le site, lisez les commentaires des maçons et des profanes, c’est édifiant, il y a de quoi être honteux !
La question qui se pose, depuis plusieurs années, aux Francs-Maçons, n’est pas celle de l’admission, ou non, des femmes, mais bien de leur mission. Etre maçon, cela sert encore à quoi ?
Au XVIIIem siècle, les choses étaient très claires et exaltantes : « réunir ce qui est épars, être le centre de l’Union », c’était une tâche nouvelle, progressiste, humaniste et les pères fondateurs s’y sont attelés avec l’enthousiasme que l’on sait ; inutile de revenir la-dessus.
Mais aujourd’hui, alors que les grands thèmes qui les ont mobilisés sont publics et débattus dans tous les médias ? Quid ?
Faire comme le Grand-Orient de France et se poser en vigile et gardien des « valeurs de la République » ; la laïcité, la liberté, l’égalité, la fraternité et la tolérance, c’est bien beau et même nécéssaire mais, avouons-le, n’est-ce-pas enfoncer une porte ouverte ?
Et faut-il encore pour ce faire des « signes, mots et attouchements » ?
Et s’il faut le faire, ne convient-il pas de s’associer tous à cette tâche : hommes et femmes ?
Poser la question, c’est y répondre.
Alors, les maçons, ils servent à quoi ?
Ne pensez-vous pas, chers amis, que le temps est venu de remettre les choses en place et de rétablir (de remettre sur la table) cette notion dont l’absence explique à elle seule les évènements tragique que nous vivons dans le monde : la vertu !
Vue sous l’angle de la disposition naturelle à faire le bien, à privilégier le sort commun plutôt que le particulier, à rechercher l’ « arètè » chère à Aristote, qui est l’excellence en toute sorte d’être, d’acte ou de fonction.
N’est-ce pas ce qui manque cruellement au monde qui est le nôtre miné par ses contradictions ?
Refonder la vertu, ce n’est pas une tâche facile, c’est même un apostolat quasi révolutionnaire, et je pense, très sincèrement, que pour ce faire, la discrétion, les rituels maçonniques, la manière de faire propre à « l’Art Royal », peuvent contribuer à réaliser cette alchimie délicate qui change l’homme et l’exalte.
C’est sans doute aucun, la question principale qui devrait être à l’étude des Loges : comment pouvons-nous faire en sorte que la vertu ait à nouveau droit de cité ? comme faire pour que la morale y retrouve sa place ? comment rendre à l’altruisme ses lettres de noblesse ?
Mais au lieu de cela, certains, accrochés à de vieux reflexes sexistes, s’obstinent à croire que les mâles, dans cette « ré-flexion », se doivent de rester entre eux.
Ne nous faisons pas d’illusions, si nous souhaitons que la franc-maçonnerie reste vivante, qu’elle poursuive le but de ses fondateurs, qu’elle soit toujours l’aimant de ce « centre de l’union », c’est par cette refondation de la vertu qu’elle perpétuera son légitime prestige.
Et les femmes, dans cette tâche, doivent se faire entendre. Entre elles et parmi les hommes.
Sinon, à l’instar d’une maçonnerie anglo-saxonne, la Franc-Maçonnerie française se confinera à quelques clubs de notables, au mieux soucieux de leur émulation personnelle, au pire à un réseau d’affairistes très privés.
Et qu’on ne se fasse pas d’illusions, d’autres viendront qui imposeront leur « vertu » !