Lundi 8 février 2010
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Il est des arbres qui ne devraient pas être abattus. Surtout s'il s'agit de faire du papier pour les oeuvres de BHL (Bernard-Henri Levy),ce grand philosophe que la
terre entière nous envie et dont nous sommes les fils indignes de sa pensée lumineuse.
Il sort le 10 février prochain deux livres (vous avez réservé ?), fruits de ses cogitations sur le monde présent et à venir. Des magazines viennent de lui consacrer
de longs panégyriques (à l'exception de Marianne et du Nouvel Observateur). Sa communication vaut celle d'un pro, d'un homme qui sait comment vendre et comment penser vendre.
Las, il y a un lézard et de taille: dans le deuxième bouquin : « De la guerre en philosophie ». Ce grand esprit s'en prend aux autres (d'esprits): Marx, par
exemple, est un « nul », un « esprit inutile », Hegel itou: « une source d'aveuglement ».
Kant, lui, s'en prend plein la figure: « fou furieux de la pensée, enragé du concept ».
On comprend combien étaient lucides ces vrais penseurs qu'étaient Castoriadis, Deleuze et Bourdieu et pourquoi ils tournaient dérision. ce play-boy qui croyait
penser...
Mais survient le comble du ridicule: je cède la plume à l'article du Nouvel Obs.
« A la page 122 ("De la guerre en philosophie"), il dégaine l’arme fatale. Les recherches sur Kant d’un certain Jean-Baptiste Botul, qui aurait définitivement
démontré « au lendemain de la seconde guerre mondiale, dans sa série de conférences aux néokantiens du Paraguay, que leur héros était un faux abstrait, un pur esprit de pure apparence ». Et BHL
de poursuivre son implacable diatribe contre l’auteur de « La Critique de la raison pure », « le philosophe sans corps et sans vie par excellence ».
Il en sait des choses, Bernard-Henri Lévy. Le néo-kantisme d’après-guerre. La vie culturelle paraguayenne. Seul problème, Jean-Baptiste Botul n’a
jamais existé. (C'est moi qui souligne). Pas plus que ses conférences dans la pampa, auxquelles BHL se réfère avec l’autorité du cuistre. Ce penseur méconnu est même un
canular fameux. Le fruit de l’imagination fertile de Frédéric Pagès, agrégé de philo et plume du « Canard enchaîné », où il rédige notamment chaque semaine « Le journal de Carla B. ». Un
traquenard au demeurant déjà bien éventé depuis la parution de « La vie sexuelle d’Emmanuel Kant », pochade aussi érudite qu’hilarante publiée en 1999 (et rééditée en 2004) aux éditions Mille et
une nuits sous le pseudonyme de Botul. Une simple vérification sur Google aurait d’ailleurs pu alerter le malheureux BHL. Le même Botul y est en effet aussi répertorié pour avoir commis une œuvre
au titre prometteur : « Landru, précurseur du féminisme "
BHL se targue d'avoir déserté « ce mouroir » qu'est l'Université.
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